Le 32 avenue Bégin, à Lévis, était la maison de mes grands parents, Bella Kiely et Alfred-Valère Roy. Ils y ont élevé 8 enfants : Marguerite, Maurice, Paul-Eugène, Madeleine, Roger, Gertrude, Jacques et Louis.
Les membres de cette famille ont contribué activement au développement de la ville de Lévis au cours du 20e siècle. Mon grand-père Alfred était médecin. Il a exercé sa profession à l’Hôtel Dieu de Lévis à compter de 1895, trois ans après la fondation de l’hôpital. Il était connu notamment pour sa préoccupation de l’hygiène et de la santé publique. Il fut aussi élu député du comté de Lévis de 1916 à 1930 puis nommé au conseil législatif jusqu’à sa mort en 1942. Deux de ses frères sont aussi devenus médecins : Roméo a pratiqué la chirurgie à Lévis pendant 50 ans et Azarias à St-Évariste.
J’avais 18 ans quand ma grand-mère Bella est décédée. Née et élevée aux États-Unis, elle tenait absolument à ce que ses filles aient la même éducation et les mêmes opportunités que leurs frères. Elles ont toutes les trois complété leur cours classique. Marguerite est devenue intervenante sociale, Madeleine a étudié en lettres et Gertrude fut la première femme à obtenir une licence puis un doctorat en sciences naturelles à l’Université Laval (biologie, bactériologie). Une rue de Québec porte d’ailleurs son nom. À quand une rue Gertrude-Roy à Lévis?
Trois des fils Roy sont devenus médecins : Maurice, Paul-Eugène et Louis. Paul-Eugène est mort dans la vingtaine mais Maurice et Louis ont fait carrière à Lévis. Roger, a suivi les traces de son père comme député entre 1960 et 1966. Comptable agréé, associé au cabinet Ruel Roy Moreau, il était aussi impliqué dans la Chambre de commerce et le commerce de détail sur la Côte du Passage avec mon père Jacques.
En tout, Bella et Alfred ont eu 21 petits enfants. La plupart ont étudié au Collège et/ou au Couvent de Lévis et plusieurs habitent et travaillent toujours à Lévis.
J’ai évidemment de très beaux souvenirs d’enfance et d’adolescence des jours de l’an en famille dans cette grande maison avec ma grand-mère, mes parents, et toute la famille Roy. Mais il ne s’agit pas ici de faire l’éloge de ma famille mais simplement d’illustrer comment, au-delà de ses caractéristiques architecturales, de la brique et du mortier, une maison peut aussi raconter une histoire humaine, celle de générations d’hommes et de femmes qui l’ont habitée et utilisée pendant plus d’un siècle pour améliorer le milieu dans lequel ils vivaient avec d’autres hommes et d’autres femmes.
C’est cette mémoire, celle de la traversée de tout un siècle qu’il faut préserver, comme d’autres édifices qui ont eu des vocations différentes mais tout aussi importantes. Ces maisons, ces édifices, ne doivent pas survivre comme de simples monuments ou symboles de temps aujourd’hui révolus, mais continuer à vivre en abritant des activités humaines qui contribueront à la vitalité économique, sociale et culturelle de leur milieu.
Au nom de mes sœurs, frères, cousines, cousins, et de toute notre grande famille Roy, je vous remercie.
Jean Roy *
* Fils d’Yvette Michaud et Jacques Roy
Dépot: Audience publique du Comité de démolition de Lévis, le 7 décembre 2023.