Dans cet article:
- Un bâtiment patrimonial de grande valeur : Le bâtiment des Scies Mercier, situé dans le Vieux-Lévis, est un témoin de l’histoire industrielle de la région et figure dans l’inventaire patrimonial du ministère de la Culture.
- Demandes répétées de démolition : Les propriétaires, également promoteurs, ont fait plusieurs demandes pour démolir le bâtiment et construire des condominiums modernes, laissant l’édifice à l’abandon pour en invoquer la vétusté.
- Loi renforcée pour la protection du patrimoine : La loi 69, adoptée en 2021, permet désormais aux municipalités de contrer la dégradation intentionnelle des bâtiments patrimoniaux, en plaçant l’intérêt collectif au cœur des décisions d’aménagement.
- Possibilités d’action pour la Ville : La Ville de Lévis a déjà envisagé d’acquérir le bâtiment. Elle peut désormais imposer des mesures d’entretien aux propriétaires et, en cas de non-respect, procéder à une expropriation.
- Éviter un débat politique : Suite aux tensions au sein du comité de démolition, il est essentiel de garder la décision centrée sur la protection du patrimoine et l’intérêt public, loin de toute influence politique.
- Demande au Conseil de Ville : Rejeter la demande de démolition, imposer aux propriétaires l’entretien nécessaire, et envisager une expropriation si besoin pour préserver ce patrimoine historique.

Le bâtiment des Scies Mercier, situé en plein cœur historique du Vieux-Lévis, a fait couler beaucoup d’encre ces dernières années. Bien plus qu’une simple structure en bois, ce bâtiment est un témoin précieux du patrimoine industriel de Lévis. Il fait d’ailleurs partie de l’Inventaire des sites et des bâtiments incontournables du patrimoine industriel du ministère de la Culture, témoignant de son importance patrimoniale. Il représente donc un lien tangible avec notre passé. Situé à un carrefour stratégique, il est le point central d’un panorama exceptionnel avec, en trame de fond, le fleuve Saint-Laurent et l’arrondissement historique du Vieux Québec.
Pourtant, ce joyau patrimonial est à nouveau menacé de démolition. Les propriétaires actuels en sont à leur troisième tentative pour obtenir l’autorisation de le démolir afin d’y construire des condominiums modernes dont ils sont aussi les promoteurs. Depuis des années, ils ont laissé le bâtiment se dégrader en cessant tout entretien, invoquant aujourd’hui sa vétusté pour justifier son remplacement. Un cas classique de propriétaires d’un bâtiment patrimonial qui espèrent tirer avantage de la dégradation intentionnelle du bâtiment pour réaliser un projet immobilier, et cela au détriment d’un héritage collectif.

Ce panorama exceptionnel est menacé par le gabarit exagéré du bâtiment, défigurant le coeur du vieux Lévis.
Heureusement, les lois encadrant le patrimoine bâti au Québec ont évolué précisément pour contrecarrer les abus trop souvent commis par ce genre de propriétaires partout à travers le Québec. En 2021, la loi 69 est venue renforcer les dispositions de la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme (LAU), en donnant aux municipalités le pouvoir d’agir contre les propriétaires qui laissent volontairement leurs bâtiments patrimoniaux se dégrader.
Ces nouvelles protections confèrent aux villes une autorité accrue pour contrer l’abandon intentionnel et les demandes répétées de démolition, assurant ainsi que l’intérêt collectif et la préservation de notre histoire priment sur des intérêts privés. Dans ce cas précis, bien que le bâtiment ne soit pas officiellement classé sous la Loi sur le patrimoine culturel, il est protégé par la LAU, et les nouvelles dispositions donnent à la Ville de Lévis tout le pouvoir nécessaire pour intervenir.
Il est également important de noter que la Ville a envisagé, dans le passé, d’acquérir ce bâtiment pour en faire un espace public qui tisse un lien entre la Côte des Bûches, projet financé en partenariat avec la Commission de la capitale nationale, et la Terrasse du Chevalier de Lévis. À la surprise générale, le Maire a décidé de jeter aux ordures sa propre idée après que les propriétaires eurent déposé une troisième demande de démolition.
Pourtant, depuis la mise à jour de la LAU, la Ville a tous les outils nécessaires pour exiger des propriétaires qu’ils effectuent les travaux d’entretien nécessaires à la préservation de ce bien historique. En cas de refus de leur part, la Ville peut également recourir à l’expropriation pour garantir la conservation de cet édifice précieux pour le quartier et pour toute la communauté lévisienne.
Enfin, il est crucial que cette question de patrimoine collectif ne fasse pas les frais d’un débat politique. Suite aux divergences d’opinion au sein du comité de démolition et aux échanges virulents qui s’en sont suivi entre les élus, il est essentiel que le débat se recentre sur l’importance de préserver notre héritage.
Suite aux dépôts d’argumentaires des opposants à la démolition, le Conseil de ville sera appelé à renverser la décision du comité de démolition. Cette décision doit être prise dans le respect des valeurs patrimoniales de Lévis, en gardant à l’esprit l’intérêt collectif et les générations futures.
La préservation des Scies Mercier ne doit pas être l’objet de querelles politiques, mais bien une affirmation de notre engagement envers le patrimoine de notre ville. Elle doit aussi suivre la tendance de l’évolution du cadre législatif qui est favorable à la préservation du patrimoine bâti et la primauté des intérêts collectif sur les intérêts privés.
En toute logique, le conseil de Ville devrait renverser la décision du comité de démolition, comme il l’a fait en 2021, pour ensuite utiliser ses nouveaux pouvoirs et imposer aux propriétaires l’entretien nécessaire et ainsi préserver ce bâtiment historique. Si cette voie ne suffit pas, la Ville devrait envisager une expropriation pour garantir la protection de notre bien commun. Par la suite, un processus de consultation citoyenne pourrait orienter un projet de mise en valeur, transformant les Scies Mercier en un point d’ancrage culturel, historique et touristique au bénéfice de toute la communauté lévisienne.
Charles-Olivier Roy
résident de la côte du Passage
J’habite la côte du Passage depuis 15 ans et mes racines familiales sont plongées dans le secteur depuis 5 générations. J’ai un attachement particulier à la préservation et la mise en valeur de mon quartier.
Je considère ce petit coin formé de la côte du Passage, de la rue Napoléon Mercier et la rue Wolfe comme le cœur historique de la Ville de Lévis. Cela est en partie dû au fait que c’est dans le salon de mon bisaïeul, le notaire Léon Roy, à quelques mètres des Scies Mercier, qu’à été signé la charte qui a fondé la Ville de Lévis et qu’à eu lieu son premier conseil municipal. Je ne fait donc pas de l’enflure verbale en qualifiant mon quartier de cœur historique de Lévis, c’est simplement un titre qui lui revient d’office.