Parallèle entre l’histoire de la Villa Bagatelle, du côté de Québec et celle de la Maison Fraser-Audette, du côté de Lévis

Il y a une trentaine d’années, du côté de Québec, une action citoyenne mit sur pied  la Fondation Bagatelle afin de sauver une maison patrimoniale située à la porte de l’arrondissement historique de Sillery.  À la même époque, l’administration de la ville de Lévis faisait démolir les maisons patrimoniales de la Côte Labadie, à la porte ouest du Vieux-Lévis, dans le but de favoriser la construction d’une série de luxueux condos dans le secteur historique de la Traverse.

L’histoire du sauvetage de Villa Bagatelle peut-elle aujourd’hui servir de modèle pour réussir le sauvetage de la maison Fraser-Audette, à la porte du Vieux-Lévis, du côté est ?

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Source : UN COTTAGE CHARGÉ D’HISTOIRE,       D. Légaré &  P. Labrecque, Division de la culture, du loisir et de la vie communautaire, Arrondissement historique de Sainte-Foy-Sillery.

P. 2  UNE ACTION CITOYENNE SAUVE BAGATELLEImage

 

P. 3  UNE RESTAURATION DÉLICATE

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Démolition éventuelle de la maison historique Fraser-Audette, un lieu de mémoire

C’était à peine il y a moins d’un an, à l’été 2013, la Société d’histoire régionale de Lévis, dans l’édition de sa revue No 129, a rappelé l’importance historique de la propriété Fraser-Audette-Belzil.

 

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La maison Fraser-Audette, à Bienville, menacée de démolition

Il est minuit moins une pour la maison Fraser-Audette, à Bienville, dans le Vieux-Lévis.

Lorsqu’un visiteur observe les rues de Lévis qui bordent la falaise, il découvre aussitôt une quantité de maisons de prestige qui,  bâties au cours des années depuis bientôt cent cinquante ans, font du quartier un endroit des plus remarquables, unique dans tout l’est américain. L’une d’entre elles, la maison Fraser-Audette, au 6410, rue Saint-Laurent, fait présentement l’objet d’une demande en démolition, et la décision sera rendue en début du mois de juin 2014.

Il y a 35 ans, le journaliste américain Thomas Thompson a dit de Lévis : « Le visiteur nouvellement arrivé à Lévis aurait pu croire qu’un urbaniste dément avait été déraciner ce qu’il y avait de pire sur le continent américain pour le greffer sur cet emplacement historique. » (La Trace du Serpent, 1979)

Le pire n’était pas encore arrivé. En 1991, la ville a abrogé le Programme particulier d’urbanisme  (PPU) qui depuis 1980 offrait une ligne de conduite visant à favoriser  la protection et la mise en valeur du Vieux-Lévis. L’abrogation  donna ainsi le chemin libre aux promoteurs et aux institutions financières dans leurs objectifs de maximiser  le rendement de leurs capitaux respectifs. Ainsi ont été réalisés, dans le secteur de la Traverse, les projets Rives du Saint-Laurent et Diamant Bleu, et sur les plateaux de Notre Dame, les projets JAZZ et Îlot Saint-Louis, tous des immeubles aux dimensions démesurées par rapport aux bâtiments traditionnels qui font le caractère particulier du Vieux-Lévis.

La majorité des maisons de prestige, dont le premier paragraphe fait mention, se trouve sur les rues Saint-Louis, Bégin, Wolfe, Déziel, Fraser, J.K. Laflamme, Belvedère, Docteur Auger et Saint-Laurent. La plus prestigieuse d’entre elles par ses dimensions et sa position au sommet de la falaise, c’est la maison construite en 1910 par Rodolphe Audette, président de la Banque Nationale au début du siècle. M. Audette était le neveu de Thomas Fraser, un des fondateurs de Lévis en raison de ses généreuses contributions à la construction de l’église Notre-Dame, celle du collège de Lévis, et de son implication comme conseiller dans les premières années du conseil municipal local.

La maison Fraser-Audette et son domaine ont été l’objet de vives spéculations depuis les derniers dix ans. La maison a subi un incendie qui a endommagé le sous-sol. Des vandales ont occupé et dénaturé les étages supérieurs. Les éléments extérieurs, solage, murs de briques et toiture apparaissent toutefois d’une grande stabilité, sauf les coins du mur arrière qui présentent des marques de détérioration.

En perdant la maison Fraser-Audette, la ville de Lévis sera privée d’un bâtiment unique et d’un beau grand domaine. En remplacement, quelques condos contemporains avec vue imprenable sur le prestigieux Château Frontenac, une véritable perte d’identité.  Seul, un programme particulier d’urbanisme (PPU) aurait pu sauver la maison et la propriété. Il est encore temps pour la nouvelle administration de sauver cette maison. M. le Maire devrait chercher et trouver un « Chevalier Blanc ». Il est midi moins une pour épargner cette belle maison de prestige, un vrai petit domaine Cataraqui dans notre Vieux-Lévis.Image

La maison Fraser-Audette dans le Vieux-Lévis, construite en 1910 par Rodolphe Audette, président de la Banque Nationale

Yvan-M. Roy, 30 mai 2014

Réactions aux articles «Action Lévis rêve d’un nouveau centre-ville » et « Lévis, une mauvaise élève? », Journal de Lévis 30 octobre 2013, ainsi que Le Soleil, 24 octobre: « Nouveau centre-ville à 2 millions ».
En réponse d’abord à André Jean, chef du parti Action Lévis, qui propose de « Faire du quartier Miscéo le nouveau centre-ville » parce qu’à Lévis « Il n’y a pas de véritable centre-ville »…(sic) :
Un centre-ville n’est pas un décor de théâtre, une coquille qu’on fabrique et qu’on remplit de vie ensuite. C’est l’inverse. Un centre-ville est une conséquence, un effet secondaire naturel qui survient dans un secteur où une communauté s’est établie, vit et se développe depuis des générations. Ça pulse et c’est vivant par sa continuité. Ça croît. Comme une plante dans un bon terreau. C’est le résultat tangible du choix d’une communauté d’y semer ses racines et sa descendance et d’y prospérer. Un centre-ville est un coin de territoire intimement lié à l’histoire de la communauté qui l’a choisi. Pas un décor amovible qu’on peut changer de place à volonté, selon la mode commerciale du moment.

Prétendre vouloir fabriquer un nouveau centre-ville à la mode pour le planter derrière le centre d’achat est un non-sens et une aberration. Et d’une grande tristesse. Parce que nous l’avons, notre centre-ville, il s’appelle Vieux-Lévis. Ce gros cœur oublié qui bat depuis des générations.

Puis en réponse à Daniel Voyer, directeur général de Développement PME Chaudière-Appalaches (Lévis, une mauvaise élève?), qui pour régler le problème du peu d’entrepreneuriat à Lévis (ainsi qu’à Québec), selon le classement de la FECI (Fédération canadienne de l’entreprise indépendante), propose ceci : « Pour remédier à la situation (.) la ville doit notamment continuer à attirer les gros joueurs comme Costco sur son territoire ». Ma réponse est une question à M Voyer : Depuis quand la venue de gros joueurs (Costco, Rona, Walmart, Loblaws, etc) encourage-t-elle les entreprises locales dans une communauté? Je croyais que c’était l’inverse.? Comme ce qui s’observe partout sur notre continent depuis plusieurs décennies. Vous, en tant que directeur de PME (petite et moyenne entreprise, rappelons-le) Chaudière-Appalaches, en connaissez-vous beaucoup des quincailleries, épiceries et librairies de quartier qui ont survécu à la venue de ces gros joueurs? M. Voyer, sauf votre respect, vous avez manqué là une belle occasion de vous taire.
Christine Belley

Rue Déziel, volte-face, désinvolture et désengagement

À côté du Couvent de Lévis, une prison, un cimetière, un musée, un poste de pompier, un CHSLD, un CLSC, une synagogue, une mosquée, une église, ou … une base militaire, et quoi d’autre encore.

Le Couvent de Lévis (1858), pièce maîtresse du patrimoine lévisien.
Le Couvent de Lévis (1858), pièce maîtresse du patrimoine lévisien, avec en arrière plan. la Maison des Scouts (1959).

Les paragraphes qui suivent n’ont pas comme propos de présenter de manière dramatique le destin d’un ensemble patrimonial exceptionnel situé dans le Vieux-Lévis. L’intention est d’exposer objectivement ce que promoteurs, prêteurs, politiciens et urbanistes ont pu faire inscrire comme usages principaux, superficie des terrains, constructions de bâtiments et implantations pour la zone P-2166 du règlement  RV 2011-11-23, ci-après « Le Règlement », qui porte sur le zonage et le lotissement dans la ville de Lévis. L’intention est également de tirer quelques observations et conclusions.

La lettre P dans P-2166, réfère à usage « Communautaire ». Toutes les zones environnant cette zone sont identifiées par la lettre H, pour usage  « Habitations ». Il y a deux bâtiments de gabarit moyen dans la zone P-2166 : le Couvent de Lévis (École Marcelle Mallet)  construit en 1858 à 51, rue Déziel;  la Maison des Scouts  construite en 1959, à 51-A, rue Déziel. Dans les zones H,  la majorité des constructions sont des maisons de prestige à 2 étages. La bonne part de ces maisons été construites au 19e siècle et forment avec le Couvent de Lévis un ensemble patrimonial homogène et précieux.

A) Les usages principaux de la zone P-2166 dans Le Règlement

Inscrits à la grille de spécification de Règlement, les usages principaux sont au nombre de trois, soit L2, P1 et P2 — Cliquer sur la grille pour agrandirCCE20130925_00000_v_WP

L2 Récréation

L200  Parc ou espace récréatif extérieur

L201  Jardin communautaire

P1 Service communautaire (première ligne)

P100 Garderie

P101 Hébergement temporaire (personnes victimes d’abus sexuels, violence conjugale)

P102 Animation communautaire (maison de jeunes, centre communautaire)

P103 Éducation primaire

P104 Religion (couvent, monastère, presbytère, église, temple, synagogue, mosquée)

P105 Cimetière, mausolée

P106 Entraide humaine (banque alimentaire)

P107 Bibliothèque, ludothèque, joujouthèque

P108 Musée, centre d’art, centre culturel

P109 Sécurité civile (poste de police, de pompier, service de premiers répondants)

P110 Administration gouvernementale au niveau local

 

P2 Service communautaire (supérieur)

P200 Éducation secondaire, collégial ou universitaire

P201 Service social ou de soins

–          hébergement et soins de longue durée, CHSLD

–          centre de protection de l’enfance et de la jeunesse

–          centre de réadaptation

–          centre hospitalier

–          centre jeunesse

–          centre de santé et de services sociaux, CSSS

–          orphelinat

P203 Administration gouvernementale au niveau régional, métropolitain, provincial,

national et international

P204 Détention ou de correction (pénitencier ou prison)

P205 Défense nationale (base ou réserve navale ou militaire

P206 Centre local de services communautaires, CLSC

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B) Superficie des terrains et morcellement

Le terrain de la Maison des Scouts se trouve en position dominante avec une superficie de 5 723 m2. Plus grand, le terrain du Couvent a une superficie de 9 996 m2.  Le Règlement autorise le morcellement des terrains de la zone P-2166 en plusieurs superficies minimales de 1 200 m2.

C) Hauteur du (des) bâtiment(s)

Dans le Règlement, la hauteur maximum autorisée est de 5 étages. La hauteur du Couvent de Lévis est de 3 étages. Le 1er étage est au niveau de la rue Déziel. À cause de la dénivellation, le soubassement en pierre n’est apparent que pour le bâtiment de la chapelle (annexe ouest). Située à l’est, la Maison des Scouts a 2 étages.

D) Implantation du (des) bâtiment(s)

Dans le Règlement, la marge de recul avant autorisée à partir de la rue Déziel est de 3,6m, la marge de recul latérale est de 4m.

A noter que la marge de recul actuelle du Couvent et celle de la Maison des Scouts est identique, soit 40m à partir de la rue Déziel.

Observations et conclusions

Concernant la zone P-2166, il apparaît, à sa face même, que le Règlement RV 2011-11-23, dans son application à la zone P2166, a été construit comme un fourre-tout qui, avec comme principe la densification, justifie la construction de bâtiments aux usages discutables, aux implantations irrespectueuses, aux hauteurs et volumes démesurés.

Concernant cette zone P-2166,  le Règlement ne tient absolument pas compte des réalités constatées par la Direction de l’urbanisme. Dans « Lévis, un patrimoine à protéger et à mettre en valeur (2008) », cosigné par la mairesse Marinelli et le conseiller Daigle, la ville a établi l’importance majeure du Couvent de Lévis : « Il ne fait aucun doute que le Collège de Lévis, l’école Marcelle-Mallet (ancien couvent Notre-Dame-de-Toutes-Grâces) ou encore l’église de Saint-Romuald, par leur monumentalité et leurs qualités, forment à coup sûr des pièces maîtresses du patrimoine lévisien ».

La grille des spécifications de la zone P-2166 présente six cases laissées vacantes. Étant donnée la présence de l’une « des pièces maîtresses du patrimoine lévisien », les planificateurs étaient invités à indiquer dans ces cases (1) les usages spécifiquement permiss , (2) les usages spécifiquement prohibés, et finalement (3) des notes particulières. Les cases de la grille ne contiennent aucune note, un vide paradoxal. Voici donc clairement ce que le sens commun dénonce : « Les bottines n’ont pas suivi les babines ». Et c’est ainsi que l’on pourrait se retrouver avec une prison de 5 étages à quelques mètres de l’historique  »Couvent de Lévis », cette école que   Dorimène Desjardins fréquenta de son enfance jusqu’au terme de son adolescence.

Dans le périmètre du Vieux-Lévis, nous constatons ce débordement de l’urbanisme qui a débuté en 1987. Après la rue Saint-Laurent (La Traverse), après les rues Carrier, Saint-Gabriel et Saint-Thomas, après la rue Saint-Louis, c’est maintenant la rue Déziel qui se voit offrir un « face-lift » dévastateur. Une  autre « débarque » pour le patrimoine du Vieux-Lévis. En matière d’urbanisme, il s’agit d’un abandon honteux. Quelle volte-face ! Quelle désinvolture ! Quel désengagement !

Par Yvan-M. Roy

Post-scriptum : Dans l’édition du Peuple-Tribune pour le mercredi 25 septembre courant (2013-p.12), le journaliste Pierre Duquet a rapporté que M. Robert Cooke a pris récemment sa retraite comme directeur de l’urbanisme pour la ville de Lévis, et qu’il  agit maintenant à titre de directeur du développement pour le Groupe Dallaire, une société liée à Cominar, qui possède de nombreux terrains et immeubles à Lévis. M. Cooke a dirigé le service de l’urbanisme de Lévis de janvier 1987 à août 2013, soit pendant 25 ans.