Opposition du GIRAM à la démolition de l’ancien Hôtel Victoria à l’Anse Tibbits

Lévis, le 1 octobre 2020


Comité de démolition, Ville de Lévis
Monsieur David Gagné, secrétaire du comité,
996, rue de la Concorde, Lévis, G6W 0P8

Objet : Objection à la demande de démolition du bâtiment situé au 5204-5224, rue
Saint-Laurent (connu comme étant l’ancien hôtel Victoria) et portant le numéro de lot
2 432 578 du cadastre du Québec.


Le Groupe d’initiatives et de recherches appliquées au milieu (GIRAM) a été très étonné
de lire l’avis public de cette demande de démolition dudit immeuble de la part de la compagnie à numéro 9407-4218 Québec Inc. et lequel a été acheté pour 200 000$, le 3 février 2020. À notre avis, si le comité de démolition, composé des trois présidents d’arrondissement (Anne Jeffrey, Michel Turner et Réjean Lamontagne), donnait son consentement, il ne faudrait pas se surprendre que ce précédent entraîne la démolition de plusieurs autres bâtiments patrimoniaux qui se trouvent à proximité dans
l’Anse Tibbits, un bastion de l’histoire économique de Lévis.

Plusieurs motifs justifient notre objection à cette demande, dont les suivants :


1-La valeur historique du bâtiment et de l’environnement bâti du secteur


Le bâtiment de l’ancien Hôtel Victoria existe depuis au moins 160 ans. On en fait men
dans un contrat du 13 août 1861. Un incendie l’aurait ravagé à l’automne 1867, mais le
journal Le Progrès de Lévis du 18 mai 1868 mentionne que cet hôtel a été reconstruit avec
de plus grandes proportions, plus d’élégance, plus de confort. « La nouvelle maison a pour
ainsi dire surgi sur les décombres de l’ancienne. L’extérieur de la bâtisse est magnifique, il
est construit en briques blanches. Au deuxième étage, une galerie a été faite sur toute la
longueur de la bâtisse. Du haut de cette galerie, on a un magnifique coup d’œil sur le
fleuve ». 1


Le lot sur lequel a été construit l’Hôtel Victoria a été acquis probablement par le Grand
Trunk Railway en 1859 de George Taylor (Davie), constructeur naval de Lévis. Il semble
que ce soit le Grand Tronc qui aurait fait construire l’hôtel, selon les plans de l’architecte
Staveley, avant de le revendre à l’aubergiste Frank Tofield de Lévis, le 13 août 1861. (Voir
Annexe 1 : contrats significatifs).


Le secteur de l’Anse Tibbits vers 1880. (Prudent Vallée, BanQ : 03Q_P1000S4D60P12)


En 1897, la veuve Rhodes (Ann Catherine Dunn) qui avait aidé Tofied à acquérir l’hôtel en
1861, revend le même terrain irrégulier et le bâtiment de briques à trois étages (connu
comme l’Hôtel Victoria) et autres bâtisses à Michel Joseph Boivin, le premier propriétaire
canadien-français à en prendre possession, le 3 février 1893.
1 Cité par Pierre-Georges Roy dans Dates lévisiennes et par Yvan Roy sur le site Internet du Comité de
quartier du Vieux-Lévis.

Mais ce qui est le plus impressionnant, c’est toute l’histoire qui s’est déroulée à l’Anse
Tibbits, une histoire très liée au développement économique de la ville de Lévis,
notamment par l’implantation du premier terminal ferroviaire, celui du Grand Tronc en
1854.

D’ailleurs, la Ville de Lévis et d’autres partenaires ont fait ériger un panneau historique
afin de démontrer l’importance de l’Anse Tibbits dans le développement économique et
commercial lévisien au XIXe siècle. Il serait aberrant qu’on laisse détruire les bâtiments
patrimoniaux existants et qu’on se contente d’une plaque historique…


Panneau d’interprétation de l’histoire de l’Anse Tibbits et du bâtiment qu’on veut démolir
en arrière-plan.
(Photo Gaston Cadrin, 26 septembre 2020)

Dans son environnement immédiat, le bâtiment du 5204 à 5222, rue Saint-Laurent compte
au moins cinq bâtiments de briques à forte valeur historique.
(Photo : G. Cadrin, 22 septembre 2020

2- Un bâtiment encore solide et restaurable


Certes, depuis 1968, ce bâtiment a été possédé par des propriétaires immobiliers (Voir
Annexe 1) qui l’ont exploité en logements de faible qualité, sans entretenir
convenablement celui-ci, du moins dans son apparence extérieure. On ne sait en quelle
année, mais l’immeuble à logements (ancien Hôtel Victoria) a été amputé de près des
deux tiers de sa façade nord donnant sur la rue Saint-Laurent et le fleuve.


L’Hôtel Victoria et autres lieux d’hébergement au sud.
(Photo : Edgard Gariépy, milieu des années 1940)

Si on enlevait le revêtement inapproprié, on redécouvrirait la brique et les pierres de taille
en calcaire des tours de fenêtres. D’ailleurs, on voit encore ces pierres en calcaire taillé
comme base des fondations.

3- Une autre intervention de spéculation aux dépens du patrimoine bâti de Lévis


Depuis quelques décennies, le patrimoine bâti de Lévis est l’objet d’une intense
spéculation et de fortes atteintes de la part de promoteurs plus soucieux de s’enrichir
rapidement que de mettre en valeur cette richesse culturelle collective. Dans certains cas,
ils viennent de Québec, un lieu qui doit à la mise en valeur de son patrimoine, une part
importante de son économie. Les règles y sont en effet plus sévères en matière de
conservation historique qu’à Lévis.


Ce bâtiment, faisant l’objet de la présente demande de démolition, représente encore une valeur architecturale indéniable et une bonne valeur marchande comme immeuble locatif; en témoigne son évaluation municipale de 577 800 $ (331 500 $ pour la bâtisse et 246 300 $ pour le terrain). De plus, la Caisse Desjardins a consenti un prêt de 520 000 $ à la compagnie 9407-4218 Québec Inc., démontrant qu’elle accorde une valeur équivalente à l’évaluation municipale de l’immeuble. De plus, lors de l’achat du 31 janvier 2020, le contrat (# 25 188 096) mentionnait que les loyers bruts au moment de la vente s’élevaient à 2 400 $ par mois et que l’acheteur devait respecter les baux en vigueur, exprimant que
l’immeuble avait encore une valeur commerciale et d’habitation.

En conclusion


Le GIRAM est d’avis que ce bâtiment devrait faire l’objet d’une restauration et non pas de
se voir condamné à la démolition. Nous croyons également que le propriétaire pourrait
annexer un bâtiment qui se marierait ou s’intégrerait à l’ancien dans la partie amputée à
l’ancien Hôtel Victoria (côté est). Ce dossier d’apparente à un dossier similaire de la côte
du Passage, traité par la Ville en 2011. Un promoteur immobilier avait alors soumis au
comité de démolition deux ou trois demandes de démolition, sous prétexte de la vétusté
des bâtiments. Ces demandes avaient été refusées par le comité de démolition. Les
bâtiments ont par la suite été rénovés en conservant leurs caractéristiques architecturales extérieures et abritent aujourd’hui des logements de bonne qualité. De plus, sans l’ombre d’un doute, ces restaurations ont permis de conserver un certain cachet historique à la côte du Passage, située au cœur du Vieux-Lévis. Si le comité de démolition devait entériner cette demande, le risque est très élevé que
tous les bâtiments de l’Anse Tibbits y passent par la suite. On y trouve pourtant une
concentration fort intéressante de bâtiments patrimoniaux.

La Ville de Lévis doit se ressaisir en termes de conservation patrimoniale, car avec plus de 40 bâtiments anciens démolis depuis plus de 10 ans, elle est devenue peu exemplaire par rapport à d’autres
villes de même taille au Québec.


Gaston Cadrin, vice-président (Patrimoine et Environnement
GIRAM

Annexe 1 : Principaux contrats significatifs


13 août 1861 (# 8486)
: Vente par The Grand Trunk Railway Company à Frank Tofield
(tenancier d’hôtel) de la paroisse Notre-Dame-de-la-Victoire.
Description : “All that certain lot or parcel of ground of an irregular figure, situated a
place called Tibbits Cove, in the said parish of Notre Dame de la Victoire, containing one
hundred and ninety-seven feet six inches in front by one hundred and forty feet or
thereabouts in depth, on the North East side, and fifty nine feet in depth on the South West
side, the whole more or less, English measure, bounded in front the North ley the Quenn’s
highway or cove road, in rear partly by Robert Sample and partly by Olivier Cauchon, on
one side towards the South West ley the said highway or cove road, together with a large
three story building known as the Victoria Hotel, also a two story stone dwelling house,
outbuildings premises there or erected and being, circumstances and dependencies; as the
whole in laid down and designated under letters AFHLDCBA, upon plan of the said property
drawn up and prepared by Alexander Wallace, Provincial Land Surveyor”.
Le vendeur déclare que ce lot et partie de terrain avait été acquis de George Taylor,
maître-charpentier de la paroisse Notre-Dame de la Victoire, contrat devant Me Noël
Bowen,
le 26 octobre 1859 et partie de Robert Sample devant le même notaire, le 29
octobre 1859.
Prix : 2000 livres, monnaie du Canada, lequel montant a été payé par Ann Catherine Dunn,
épouse de William Rhodes of Benmore de la paroisse de Saint-Colomb de Sillery.

14 juin 1889 (# 30476) : Vente des héritiers de Frank Tofield (William Tofield, marchand
de Lévis et sa sœur Elisabeth) à Ann Catherine Dunn (en séparation de biens de William
Rhodes, ministre de l’agriculture du Québec) La description du bien cédé est la même
que celle du contrat précédent du 13 août 1861. Les vendeurs possèdent ce bien en vertu
du testament de leur père Frank ou Francis Tofied daté le 17 juillet 1862 (#13195). La
vente est faite pour le montant de 16 000 $.

3 février 1893 (# 33289) : Vente de dame Anne Catherine Dunn demeurant à SaintColomb de Sillery, veuve de feu l’honorable William Rhodes à Michel Joseph Boivin (écuyer, marchand de Lévis), devant Me Henry C. Austin de Québec.
À savoir : « Un certain lopin de terre d’une figure irrégulière, situé à un endroit appelé
Tibbits cove dans la paroisse Notre-Dame de la Victoire, maintenant dans la ville de Lévis,
contenant cent quatre vingt dix sept pieds et six pouces de front par cent quarante pieds
ou environ de profondeur du côté Sud-Ouest, le tout plus ou moins mesure anglaise, borné
en front au nord par le chemin public, en arrière partie par les représentant de Robert
Sample et partie par Olivier Cauchon, d’un côté au nord-est par la compagnie d’entrepôts
de Québec, et d’un autre côté au sud-ouest par le dit chemin public, avec ensemble cette
grande bâtisse en briques à trois étages connu sous le nom d’Hôtel Victoria, et d’autres
bâtisses dessus construites, circonstances et dépendances; tel que le tout décrit et désigné
sous les A.F.G.H.L.D.C.B. et sur un plan des lieux fait par Charles Wallace, arpenteur,
annexé à un acte de vente par Robert Sample à la Compagnie de chemin de fer du Grand
Tronc, passé devant Me H. Bowen, notaire en date du 29 octobre 1859 » Ce lot maintenant
connu et désigné sous le numéro cent trente-sept (137) du quartier Saint-Laurent de la
ville de Lévis. La venderesse déclare que cet immeuble lui appartient pour l’avoir acquis
de William Tofied, hôtelier et dame Elisabeth Tofied, veuve du dit lieu, le 14 juin 1889. La
présente vente est faite pour le prix et la somme de neuf mille piastres (9 000 $).

17 septembre 1968 (# 152 054) : Madame Marie Blanche Imelda Dumont, veuve de
Joseph R. Lemieux (demeurant à Montréal), vendra la propriété à Yvan Carrier,
demeurant à Lauzon pour la somme de 14 000$. Yvan Carrier deviendra insolvable et
Mme Dumont reprendra son ancienne propriété dans un jugement du 17 juillet 1975.


22 octobre 1975 (# 193 004) : Madame Marie Blanche Imelda Dumont vend la propriété
à M. Robert Jacques, demeurant au 1 côte du Passage à Lévis. La vente du lot 137 et ses
bâtiments, ainsi que le lot vacant 138 est faite pour la somme de 10 000$.

11 mars 1997, enregistré le 3 novembre 1997 (# 421421) : Francine Jacques et al. (veuve
de Robert Jacques) vend la propriété à Jacques St-Hilaire.
12 mars 2019 (# 24 461 063) : Vente d’une part (1/3) en droits indivis de Jacques St-Hilaire
à Simon Cadoret.

12 mars 2019 (# 24 461 063) : Vente d’une part (1/3) en droits indivis de Jacques St-Hilaire
à Simon Cadoret.


Le 31 janvier 2020 (# 25 188 096) : Jacques St-Hilaire et Simon Cadoret vendent la
propriété avec bâtisse dessus construite portant le numéro 5204 à 5222, rue SaintLaurent, Lévis, à la compagnie à No 9407-4218 Québec Inc. pour 200 000 $ devant Me
Louis Laliberté.
À noter que les loyers bruts au moment de la vente s’élèvent à 2 400 $ par mois et que
l’acheteur doit respecter les baux en vigueur.
Le montant constituant la base du d’imposition du droit de mutation est de 572 022 $.
À noter que les acquéreurs ont contracté une hypothèque de 520 000 $ à la caisse
Desjardins de Québec, le 25 février 2020 (# 25 230 331)

L’année 2020 marquera-t-elle la démolition de l’ancien Hôtel Victoria, construit à l’Anse Tibbits en 1868 suivant les plans du célèbre architecte québécois Edward Stavely

Le Comité de démolition de Lévis recevra jusqu’au 1er octobre courant les mémoires en opposition à la demande en démolition de l’ancien prestigieux Hôtel Victoria construit en 1868 à moins de 50 mètres du terminal maritime du Chemin de fer du Grand Tronc. La demande a été présentée par l’actuel propriétaire, la compagnie 9407-4218 Québec Inc.

Ce que le Comité de quartier du Vieux-Lévis a publié il y a quelques années sur l’ancien Hôtel Victoria et l’Anse Tibbits:

  1. https://cqvl.org/2013/02/07/lancien-hotel-victoria-parent-pauvre-et-neglige
  2. Google : (Copier-coller) : Coup d’oeil sur l’Anse Tibbits

CONSULTATION ÉCRITE À L’ÉGARD D’UNE DEMANDE
DE DÉMOLITION D’IMMEUBLE

AVIS PUBLIC est par la présente donné :


Qu’une demande d’autorisation de démolition a été faite en conformité avec le Règlement RV2017-16-56 concernant la démolition d’immeubles, et ce, pour l’immeuble suivant :
Un bâtiment principal portant le numéro d’immeuble 5204-5224, rue Saint-Laurent, secteur Lévis et le numéro de lot 2 432 578 du cadastre de Québec.


Que le bâtiment est la propriété de 9407-4218 Québec Inc. qui a déposé ladite demande.
Que, conformément à l’Arrêté numéro 2020-033 de la ministre de la Santé et des Services
sociaux en date du 7 mai 2020, toute procédure qui implique le déplacement ou le
rassemblement de citoyens, qui fait partie du processus décisionnel est remplacée par une
consultation écrite annoncée 15 jours au préalable par un avis public.


Une consultation écrite sur cette demande de démolition d’immeuble aura lieu du 16 septembre
2020 au 1er octobre 2020. Toute personne qui veut s’opposer à la délivrance de ce permis de
démolition peut transmettre son opposition motivée par écrit et nous la faire parvenir au plus tard
15 jours suivant la publication de l’avis ou l’affichage de l’avis sur l’immeuble concerné, à David
Gagné, secrétaire du comité de démolition soit par courriel à l’adresse dgagne@ville.levis.qc.ca
ou par courrier au 996, rue de la Concorde, Lévis, G6W 0P8.

Que pour la computation du délai pour s’opposer, celui-ci est calculé à partir de la date de la
publication de l’avis dans la section des avis publics du site Web de la Ville de Lévis.
Donné à Lévis, le 15 septembre 2020.
David Gagné, secrétaire du comité de démolition


Donné à Lévis, le 15 septembre 2020.
David Gagné, secrétaire du comité de démolition

Plaidoyer pour sauver les bâtiments des Scies Mercier


La présente est la documentation sur laquelle s’appuie mon opposition à la demande en démolition du bâtiment principal des Scies Mercier, et de ses deux annexes, nord et est, (ci-après : le bâtiment) sur le lot No 2 564 756, cadastre du Québec.

N.B.: Le Comité de démolition s’est réuni le jeudi 3 septembre 2020 pour recevoir virtuellement les arguments des parties. Le Comité rendra sa décision ultérieurement.

Par Yvan-M. Roy, historien local

1er argument :

En 2010, j’ai déposé une opposition à la démolition du bâtiment sur le lot 2 564 756. La décision du comité de démolition en 2010 fut de refuser la démolition. Dix années ont passé, et les propriétaires sont revenus à la charge en janvier dernier. Je me suis alors rendu sur les lieux le 27 juillet et j’ai constaté que les dix années passées n’avaient pas attaqué les fondations du bâtiment central bâti par le marchand Moses Cass vers 1865. En observant la ligne de toit des trois bâtiments subsistants, les chevrons centenaires ont gardé parfaitement leur forme d’origine. La tôle galvanisée des trois structures apparaît partout encore bien attachée aux planches des toits. Quant au parement externe et aux fenêtres, j’en ai conclu qu’il existe un besoin d’effectuer un remplacement.

Conclusion : Le bâtiment ne s’est pas détérioré depuis dix ans au point d’être devenu irréparable. Le Comité devrait rejeter la demande en démolition.

L’imposante maison à 3 étages construite par le marchand Moses Cass vers 1865, et l’atelier central sous le kiosque nord de la Terrasse du Chevalier de Lévis

En 1895, au 17 rue Saint-Laurent, l’atelier des Scies de Lévis (Saw Works), construction en brique de 3 étages démolie sans procès en 2018 pour faciliter la réparation de la Côte Fréchette (aut. Côte Davidson). Au 2,4,6, Côte du Passage la propriété achetée par Napoléon Mercier en 1912 pour y transporter Les Machineries Mercier et Les Scies Mercier dans l’entrepôt en bordure le la Côte Shaw (auj. Dorimène-Desjardins).
Source: Charles E. Goad, 1876 & 1895

2e argument

Adopté en 2011, le Plan d’urbanisme de Lévis ( RV-2011-11-22) expose en premier lieu les orientations, les objectifs et les moyens de mise en œuvre du Plan. Au Premier chapitre, Orientations 4 et Orientation 5 (Voir Annexe 1), le Plan stipule que la Traverse et le Vieux Lévis sont des élément identitaires majeurs et que pour sa part, la Côte-du-Passage est un axe routier identitaire majeur. Le terrain des Scies Mercier longe la Côte Fréchette qui relie la Côte-du-Passsage à la rue Saint-Laurent (autrefois rue Commerciale), l’artère principale du quartier de la Traverse. Depuis 2013, les bâtiments de Scies Mercier figurent dans le classement des 50 sites et bâtiments incontournables du patrimoine industriel québécois. (Ministère de la culture et des communications).

http://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail .

Le kiosque nord de la Terrasse du Chevalier de Lévis, les Scies Mercier, et à l’arrière plan, le Canton Labadie, le plus ancien faubourg sur le plateau de falaise de Lévis

Conclusion : Le Comité de démolition doit déclarer que la démolition des Scies Mercier est contraire à la préservation de l’identité Vieux-Lévis, ainsi qu’ à la conservation d’un des 50 sites industriels patrimoniaux du Québec.

3e argument :

De 1861 à 1864, le siège de la nouvelle ville de Lévis se trouvait dans la deuxième maison, côté nord-est, rue Wolfe, à 50 mètres du bâtiment actuel des Scies Mercier. Dans les décennies qui suivirent, tout citoyen qui arrivait à la jonction de la Côte du Passage, de la rue Wolfe et de la Côte Davidson (auj. Côte Fréchette) se trouvait au cœur de la nouvelle ville, au carrefour des quartiers marchands, résidentiels, industriels, et maritimes. La partie la plus ancienne des Scies Mercier fut construite par le marchand Moses Cass, établi à Lévis en 1861. Cass avait acheté en 1863 de Peter. A Shaw le lot 597 de Notre-Dame (auj. démembré en 2 434 475 et 2 564 756), sur lequel il érigea par la suite une maison de 3 étages en brique (2 434 475) et un entrepôt (2 564 756) . La maison en brique est aujourd’hui recouverte d’un parement d’aluminium blanc, tandis qu’en 1912, l’entrepôt Cass est devenu l’atelier de réparation et fabrication de Scies Mercier.

C’est à cette époque Napoléon Mercier entreprit de confier à son fils Napoléon Jr la direction de Machineries Mercier, et à Alphonse celle de la direction de Scies Mercier.

Napoléon Mercier entouré de ses fils, dont Napoléon Jr à sa droite, et Alphonse à sa gauche.
A.R. Roy, photographe- Collection Estelle Portelance
Le bâtiment central vers 1920, côté nord est. À remarquer le parement de planches blanchies à la chaux, la cheminée arrière et les fenêtres à guillotines.


Le bâtiment central le 27 juillet 2020, côté sud-ouest.

Conclusion : Les bâtiments des Scies Mercier ne sont pas instables et constituent un des derniers éléments de l’architecture industrielle et traditionnelle du Vieux-Lévis.

4e argument :

Napoléon Mercier a été le quatrième ouvrier dans la chaîne des maîtres inventeurs et chefs d’entreprises qui se trouvent à l’origine du travail spécialisé à Lévis en matière de fonderie, métallurgie, machinerie et mécanique.

1er Maître de la chaîne : Benjamen Tibbets, natif de Fredericton, innnova en 1842 en proposant d’ajouter à la sortie du cylindre à haute-pression d’un engin à vapeur un second cylindre à basse-pression, ce qui fut une première mondiale. Benjamen fut l’associé de James Tibbits de 1845 à 1853 dans l’opération d’une fonderie à l’anse Tibbits, face à la Citadelle de Québec.

Source : Commission des monuments historiques du Canada

Né en 1813 à Scotchtown, Nouveau-Brunswick, Benjamin Franklin Tibbets avait d’abord appris à Frederickton le métier d’horloger. Passionné par les engins à vapeur, il s’était rendu à Montréal et en Nouvelle-Angleterre pour parfaire ses connaissances en métallurgie et en mécanique. Il travailla plusieurs années dans des fonderies et ensuite deux ans à l’Atelier Tibbets Machine Shop, à Montréal.

(source : https://www.cnrs-scrn.org/northern_mariner/vol19/tnm_19_413-424.pdf )

Il revint à Frederickton en 1843 et fit les plans du  » Reindeer’, puis durant la construction, manufactura dans une fonderie locale pièces de son engin, les assembla, et enfin installa l’engin. Le Reindeer fut lancé en 1845. Le Reindeer était presque deux fois plus rapide que les autres ‘steamers », les besoins en combustibles étaient réduits de moitié. Cet engin à vapeur demeura en service pendant plus de 50 ans ..

En 1846, Benjamen Tibbets s’associa James Tibbit, également originaire du Nouveau Brunswick. James Tibbits possédait un chantier naval à Pointe-Lévy (Anse Tibbits). Les associés entreprirent la construction d’une fonderie de 4 étages pour répondre aux besoins locaux, produire les diverses pièces métalliques des navires à voile, et surtout pour manufacturer les bouilloires et les pièces des engins à vapeur destinées au marché maritime. Selon Pierre-Georges Roy,  » James Tibbits fit venir des contre-maîtres d’Angleterre et d’Écosse et ceux-ci montrèrent leur métier de fondeurs à bon nombre de Canadiens-français qui devinrent plus tard aussi habiles que leurs maîtres.  » (P-G. Roy, Profils Lévisiens, tome 2)

Benjamen Tibbets mourut de tuberculose à Scotchtown le 19 novembre 1853. Six mois auparavant, à Lévis, il avait posé sa signature à la fin du 11e acte rédigé par le jeune notaire Léon Roy *, un contrat d’apprentissage qui liait le jeune Joseph Jelley, fils de William Jelley, à la Fonderie Tibbits pour 5 années (Acte no 11, L. Roy, N.P.) * Léon Roy fut le père des historiens Joseph-Edmond Roy, et Pierre-Georges Roy

Source: https://www.cnrs-scrn.org/northern_mariner/vol19/tnm_19_413-424.pdf – The Novelty and the Compound Marine Engine in Central Canada




Le 2e maître de la chaîne  : Benjamin Huot Saint-Laurent

Pierre-Georges Roy a rapporté ( Profils Lévisiens, tome 1) que Benjamen Huot dit Saint-Laurent avait fait son apprentissage de mécanicien sous M. James Tibbits. En 1858, Benjamin Huot avait lui-même construit une fonderie au pied de la Côte Davidson (auj. Fréchette). Il y fabriquait toutes les pièces nécessaires aux engins des moulins et même des bateaux.  » Il était propriétaire du brevet de la fameuse turbine Rose Wood, du brevet pour les scies à faisceaux de Mulay, etc. etc. » Il avait à son emploi près de 50 ouvriers. » C’est probablement Benjamin Huot qui fabriqua en 1864 l’engin à double piston de l’  »Arctic », le premier traversier à hélice à être utilisé été comme hiver entre Lévis et Québec.(P. -G. Roy, Profils Lévisiens, tome 1)

Le 3e maître de la chaîne : Damase Lainé

Natif de Saint-Gervais, Damase Lainé fit son apprentissage de mécanicien à l’établissement de Benjamin Huot dit Saint-Laurent. En 1864, il ouvrit une fonderie à la haute-ville . Lainé avait demandé au marchand Charles-William Carrier de lui avancer quelques capitaux. Une compagnie fut organisée sous la raison  » La Fonderie Canadienne ». En 1868, la fonderie avait tellement progressé que le marchand Carrier vendit son fonds de commerce pour se consacrer uniquement à la fonderie. En 1869, la Fonderie Canadienne déménageait à l’est de la Halle Lauzon sur le quai McKenzie ( Auj. Quai Paquet), près du débarcadère des traversiers. (P.-G. Roy, tome 2

En 1871, l’entreprise prit le nom de  » Fonderie Carrier et Lainé  », En 1880, l’entreprise opérait dans 4 vastes bâtiments, dont le dernier avait 200 pieds sur 80, l’équivalent d’une patinoire olympique contemporaine, et qui servait à construire des locomotives, des wagons et des engins, etc.


Les ateliers de Carrier & Lainé sur le quai Mckenzie à Lévis

En 1884, Lainé avait réalisé pour l’architecte Eugène-Étienne Taché, dans la tour du nouveau Parlement, l’escalier en spirale qui permet d’accéder au mécanisme de l’horloge construite par l’inventeur Cyrille Duquet et dont le mécanisme fonctionne chaque jour depuis 130 ans.

Description video: : http://www.assnat.qc.ca/fr/video-audio/emissions-capsules-promotionnelles/decouverte-assemblee/AudioVideo-6101.html
Point de départ de l »escalier en spirale du Parlement à Québec (6 étages, 165 marches). À toutes les époques depuis les temps anciens l’esprit,le génie, et la fierté des maîtres d’oeuvre s’est exprimé dans la réalisation d’escaliers particuliers .L’architecte Taché et le maître fondeur Damase Lainé ont signé cet œuvre.
Sur les contremarches, la signature Carrier & Lainé, Lévis, Fabricants

En 1885, Lainé avait réalisé une première au Québec, soit la réalisation de la statue de Mgr Déziel, les ouvrages de même nature jusque là avaient toujours été réalisées France.

Dans les bonnes années, l’entreprise Carrier & Lainé employait plus de 200 ouvriers. L’entreprise cessa ses opérations en 1908. Les bâtiments furent démolis en 1929.

De 1880 à 1900, Damase Lainé fut membre du conseil municipal de la ville de Lévis.


Carte postale de la rue Laurier, le Poste de police et d’incendie, suivie des usines Carrier & Lainé vers 1905
Carrier & Lainé, de part et d’autre de la rue Commerciale (Auj. Saint-Laurent)

Le 4e maître de la chaîne : Napoléon Mercier

Napoléon Mercier (1851-1933) est né à Iberville, fils de Jean-Baptiste Mercier (1824-96) et de Josette Ménard (1827-1916). Son père était le frère ainé d’Honoré Mercier (1840-94, premier ministre du Québec de 1887 à 1891. Sa cousine Esther Mercierfille d’Honoré Mercier, était l’épouse de Lomer Gouin, premier ministre du Québec de 1905 à 1920.

Napoléon Mercier s’était marié en 1874 à Délima Ruel à l’église de Saint-Valérien de Milton, un village immédiatement à l’est de Saint-Hyacinthe. On peut constater l’arrivée à Lévis de Napoléon Mercier dans le répertoire des adresses de Québec-Lévis publié en juin 1890. La mention de  »pension » accompagne son nom à l’adresse 71, rue Commerciale, une maison à 3½ étages située immédiatement du côté sud-ouest de l’Escalier Rouge, à quelque 50 mètres du grand atelier de Carrier & Lainé. Dans les années qui suivirent, et dans les contrats notariés à l’étude du notaire Léon Roy, on découvre que Napoléon Mercier se présenta alternativement comme travailleur de scie, mouleur-démouleur et finisseur, mécanicien, et machiniste.


Source : L’indicateur de Québec et de Lévis, 1890-91

Scies Mercier - Annuaire Marcotte - 1914-1915
 (Source: Annuaire Marcotte, 1914-15)

La maison de pension du 71, rue Commerciale était située entre l’Escalier Rouge et la terrasse du
Restaurant l’Escalier, à une cinquantaine de pas de l’Usine Carrier & Lainé (Source Google)
Le Club Union, 71,Commerciale (Saint-Laurent) ou Napoléon Mercier en 1890 demeura en pension . La pension était située au sud-ouest de la Scierie de Télesphore Paradis (voir l’entrepôt à gauche de l’Escalier Rouge) .

Au cours des ans, les  »Machineries Mercier » avaient développé une grande expertise en machinerie navale. En 1921, la société d’assurance Lloyds de Londres publia à l’attention des capitaines et armateurs un bottin de références . Les Lloyds précisaient pour chaque grand port du monde la liste des spécialistes à qui les capitaines devaient s’adresser pour espérer la couverture d’assurance. Les Lloyds avaient inscrits les Machineries Mercier parmi les 5 références pour le Port de Québec. En 1921, Napoléon Mercier Jr dirigeait les Machineries Mercier.

Scies Mercier - Lloyd's Register of shipping - 1921
Source: Lloyd’s Register of Shipping, Vol 1. London, 1921

Le 5e maître de la chaîne : Alphonse Garant

Fondée en 1895 par Télesphore Garant, l’entreprise Garant livre aujourd’hui plus de 11 millions de produits par année à travers l’Amérique du Nord. Bien qu’on l’associe souvent aux pelles, Garant fabrique une multitude de produits qui sont utilisés chaque jour par des milliers de Québécois, et ce, chaque saison. (https://www.journaldequebec.com/2020/01/20/125-ans-dhistoire-sous-le-signe…).

Son petit-fils Alphonse Garant était un visionnaire. Après la Deuxième Guerre Mondiale, Alphonse Garant eut le flair d’aller rencontrer les frères Mercier afin de leur présenter une offre pour l’achat de Scies Mercier et de Machineries Mercier. La vente fut conclue semble-t-il à la satisfactions des parties. Napoléon Mercier Jr était alors président de Machinerie Mercier et son frère Alphonse, président de Scies Mercier

Les Industries Garant ne mirent pas la main sur des bâtiments quelconques. L’entreprise prit surtout possession d’un atelier à la fine pointe, avec en prime, cent ans de haute technologie lévisienne (1846-1946) et finalement une précieuse clientèle (le  »goodwill ») d’entrepreneurs forestiers des provinces du Nouveau-Brunswick, de Québec, de l’Ontario et des états limitrophes du nord de la Nouvelle-Angleterre. Mercier Inc. a conservé le branding  »Mercier » pour s’adresser au secteur forestier de l’industrie. Les produits Mercier pour scieries industrielles se vendent aujourd’hui à la grandeur de l’Amérique du Nord.

Cent-Trente ans

Mercier a été fondé en 1890 et Garant en 1895. Deux entreprises d’abord indépendantes, puis intégrées depuis 1947, 125 années de développement nationnal et internationnal.. Vraiment méritoire. Chapeau bas et Hommages au génie des fondateurs, Napoléon Mercier et Télesphore Garant.

Les vieux bâtiments de Scies Mercier méritent de conserver une place autre que celle illustrée sur d’antiques photographies. Il faut sauver les Scies Mercier de la brutale démolition. Les bâtiments des Scies Mercier, c’est l’image de la dynamique industrielle de deux grandes familles. La démolition nous fera passer pour un peuple d’iconoclastes. Il ne restera que l’asphalte d’une rue pour rappeler la mémoire et passage des fondateurs Mercier et Garant.

CONCLUSION FINALE : Pour toutes les raisons énumérées ci-dessus, je demande donc au Comité de démolition de rejeter la demande en démolition des bâtiments Scies Mercier situés au 225, rue Napoléon Mercier ( lot 2 564 756, cadastre du Québec) .

ANNEXE 1 

Règlement RV-2011-11-22 sur le plan d’urbanisme de Lévis

CHAPITRE I – GRANDES ORIENTATIONS, OBJECTIFS ET MOYENS DE MISE EN OEUVRE

Les orientations, au nombre de neuf, couvrent l’ensemble des thèmes identifiés par la Ville de Lévis :

Orientation 1: Positionnement local, régional et métropolitain ……..

Orientation 2 : Milieux de vie …….

Orientation 3 :: Réseau urbain ……

Orientation 4 : Éléments identitaires majeur.Une histoire et une culture affirmées et perpétuées

En résumé : La quatrième orientation s’inscrit en lien avec la reconnaissance et la mise en valeur des potentiels distinctifs culturels et patrimoniaux. Cette orientation concerne les axes routiers identitaires et les noyaux traditionnels ainsi que les éléments identitaires majeurs qui ont été identifiés en tant que potentiels distinctifs.

diversité et à la richesse lévisienne. Il s’agit du patrimoine bâti, concentré à l’intérieur de plusieurs noyaux traditionnels, du patrimoine archéologique, des axes routiers identitaires, ainsi que des divers autres éléments identitaires majeurs.

Axes routiers identitaires : Chemins ruraux et agricoles dont certains donnent accès au fleuve Saint-Laurent et aux rivières Beaurivage, Chaudière et Etchemin.

Noyaux traditionnels : Le Village de Saint-Nicolas, le Vieux-Saint-Étienne-de-Lauzon, le Vieux-SaintRédempteur, le Vieux-Charny, le Vieux-Sainte-Hélène-de-Breakeyville, le Vieux- Saint-Romuald, le Vieux-Saint-Jean-Chrysostome, le Vieux-Saint-David, le Vieux-Lévis, le Vieux-Lauzon, le Vieux-Pintendre, le secteur de la Traverse.

Éléments identitaires majeurs : Le fort Numéro-Un, le siège social du Mouvement Desjardins, les anses et les crans rocheux, les Chutes de la Chaudière, la Terrasse de Lévis, le Chantier maritime Davie Québec Inc., la Traverse, le Vieux-Lévis, le Pont de Québec, les cultures de Saint Nicolas et le Parcours des Anses. Ces axes routiers, noyaux traditionnels et éléments identitaires majeurs peuvent bénéficier d’une mise en valeur se traduisant notamment par une meilleure identification, une accessibilité accrue, ainsi qu’une mise en réseau à l’échelle locale, régionale et métropolitaine. Les secteurs de la Traverse et de la côte du Passage sont de bons exemples alors qu’ils constituent une des portes d’entrée au territoire lévisien et permettent la découverte des éléments patrimoniaux.

Objectif 4.1Protéger et mettre en valeur les territoires d’intérêt historique et culturel.

La Ville de Lévis comprend un ensemble de territoires d’intérêt historique et culturel.

Ces éléments identitaires appartiennent à différents types de patrimoine dont l’agricole, l’archéologique, le domestique, le ferroviaire, l’industriel, l’institutionnel, le maritime, le militaire et le religieux.

Objectif 4.2 Mise en valeur des noyaux traditionnels

La Ville de Lévis est caractérisée par la présence de 12 noyaux traditionnels qui se distinguent en raison de leur caractère historique et patrimonial. Ces noyaux ont été identifiés précédemment (voir objectif 3.2). Précisons que les noyaux traditionnels du Vieux- Lévis et du Vieux-Lauzon se distinguent en raison de l’importante concentration de bâtiments anciens qu’on y retrouve. La Ville compte aussi un certain nombre d’axes routiers identitaires. Ceux-ci traversent principalement des milieux agricoles, ruraux et urbains etcertains constituent des vitrines sur le fleuve Saint-Laurent, et les rivières Beaurivage, Chaudière et Etchemin.

Objectif 4.3 Assurer la pérennité et la mise en valeur des éléments identitaires majeurs

La présence d’éléments identitaires majeurs sur le territoire permet de distinguer la Ville deLévis et de la positionner avantageusement sur l’échiquier régional, provincial

et même international. Ainsi, le fort Numéro-Un, le siège social du Mouvement Desjardins, les anses et crans rocheux, les Chutes de la Chaudière, la Terrasse de Lévis, le Chantier maritime Davie, la Traverse, le Vieux-Lévis, le Pont de Québec, les exploitations agricoles de Saint- Nicolas et le Parcours des Anses constituent des symboles qui doivent être reconnus, protégés et mis en valeur, ceux-ci représentant une richesse pour l’ensemble des Lévisiens et des Lévisiennes.

Objectif 4.4 Assurer la protection du patrimoine archéologique et sa mise en valeur riche en histoire…,

Objectif 4.5 Améliorer la structure d’accueil et l’aménagement des espaces publics du Vieux- Lévis, plus particulièrement la porte d’entrée du secteur de la Traverse et la côte du Passage et la Terrasse de Lévis

Le noyau traditionnel du Vieux-Lévis est un lieu fréquenté par l’ensemble de la population lévisienne, en plus de constituer une destination touristique d’envergure. Il est caractérisé par la présence de plusieurs bâtiments anciens d’intérêt patrimonial, par une mixité de commerces, d’institutions et de résidences, et par une trame urbaine serrée et des rues étroites

Orientation 5 : Des réseaux récréatifs structurés, interreliés et accessibles

Le Vieux-Lévis comprend principalement deux rues commerciales d’ambiance, la côte du Passage et la rue Bégin, ainsi qu’une porte d’entrée stratégique, le secteur de la Traverse. Correspondant au lieu d’arrivée et de départ du traversier Québec-Lévis, le secteur de la Traverse représente un élément important du réseau de transport de la Ville de Lévis. Il offre un accès direct aux noyaux traditionnels du Vieux-Lévis et du Vieux-Québec et est considéré comme l’une des portes d’entrée principales de la Ville.

Orientation 6 : Des pôles d’activités distinctifs et complémentaires, orientés sur l’innovation et le capital humain …..

Orientation 7 : Un réseau fonctionnel et efficace de transport intermodal ….

Orientation  8 :Milieu agricole et forestier. Un croissant vert dynamique et valorisé …..

Orientation 9 : Un environnement urbain et naturel, sain et respecté …..

ANNEXE 2

L’Édifice Scies Mercier, inclus dans le répertoire des bâtiments industriels patrimoniaux du Québec

L’affaire Mercier : Le GIRAM demande à la ville de Lévis de citer le bâtiment « Les Scies Mercier » à titre de bien patrimonial

Par courriel

Lévis, le 26 août 2020

Monsieur Gilles Lehouillier, maire

2175, chemin du Fleuve,     Lévis,      G6W 7W9

Objet : Demande de citation du bâtiment « Les Scies Mercier » à titre de bien patrimonial par la Ville de Lévis.

Monsieur le Maire,

Par la présente, le Groupe d’initiatives et de recherches appliquées au milieu (GIRAM) demande à la Ville de Lévis d’adopter une résolution afin de citer le bâtiment, connu sous la dénomination « Les Scies Mercier », situé au 220, rue Napoléon-Mercier, à Lévis (cadastre 5 064 756). Cette citation à titre de bien patrimonial peut s’exercer par la Ville en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel de 2012 (articles 127 et suivants). Un tel statut permettrait d’assurer la pérennité au site et à ce bâtiment industriel du XIXe siècle, un des derniers subsistants dans l’arrondissement de Desjardins.

Principaux motifs de la demande de citation:

1- La valeur historique et patrimoniale du bâtiment

Le site des Scies Mercier fait partie du paysage, comme bâtiment industriel, depuis au moins 1891. D’ailleurs, une affiche présente jusqu’à récemment sur le bâtiment en attestait l’historicité (119 ans en 2020) et la fierté de cette ancienneté par le propriétaire actuel. Selon nos recherches, Napoléon Mercier possédait déjà la manufacture au début du siècle et aurait agrandi sa propriété, le 18 février 1911, en acquérant de la Royal Trust Company de Québec au montant de 3 500 $, la maison de briques du XIXe siècle (lot 597), dont la façade donne sur la côte du passage. Cette propriété appartenaient au médecin Charles-Onésime Collet qui a fait faillite et elle fut mis en vente par le shérif après un avis public à la porte de l’église, le 17 juin 1892. Le 16 novembre 1892, Joshua Thompson, marchand de la ville de Lévis en avait fait l’acquisition pour 2 500 $. Puis, le 12 décembre 1937, Alphonse O. Mercier vendait cet emplacement et son bâtiment (aujourd’hui, le lot 2 434 475) à son beau-frère, Arthur Caron (marié à Simone Mercier). Depuis, cette propriété est complètement détachée du site industriel actuel.

Il semble évident qu’une partie du bâtiment industriel reposant sur une solide fondation en pierre témoigne d’une construction dans le dernier quart du XIXe siècle.

L’entreprise a pris différents noms au cours du siècle : La manufacture de scies de Lévis limitée (vers 1916) et Les Scies Mercier limitée à partir des années 1940.

Il faut souligner que Napoléon Mercier, marié à Délima Ruel, a joué un rôle important sur le plan social et économique de la vie Lévisienne. Par la suite, son fils Alphonse O. Mercier assurera la relève de l’entreprise qui sera reprise par son fils Henri vers 1946. Depuis environ 25 ans, l’entreprise appartient à la famille Garant, originaire de Saint-François-de-la-Rivière-du-Sud.

Le bâtiment industriel a subi quelques agrandissements au fil des ans, dont un de moindre valeur, ayant subi un effondrement en 2018, a été démoli depuis.

Au centre, M. Napoléon Mercier, entouré de ses fils. (A.-R. Roy, Photographe. collection Estelle Portelance)

Famille Napoléon Mercier Photo

Le bâtiment actuel vers 1935.

La Manufacture de Scies de Lévis No 2

(Source : le site Internet de l’entreprise en 2010)

Cette industrie, plus que centenaire, a joué un rôle clé dans le développement économique de la zone riveraine de Lévis-Lauzon, au moment où les chantiers de bois (quais de transformation et d’exportation) étaient encore omniprésents sur les rives du fleuve. De ce fait, cette industrie est au cœur même de l’histoire de Lévis au 19e siècle. D’ailleurs, avant de déménager à son emplacement actuel, cette manufacture avait commencé ses activités sur la rue Saint-Laurent. Bien que le bâtiment ait souffert au cours des 20 dernières années d’un manque d’entretien en raison du déplacement graduel des activités de la compagnie les Scies Mercier (maintenant compagnie 9122-2778 de la famille Garant), il demeure encore solide et récupérable. De plus, il appert que plusieurs équipements anciens destinés au limage des scies ou à d’autres usages plus spécifiques se trouvaient jusqu’à preuve du contraire à l’intérieur.

En raison de sa présence centenaire dans le paysage du Vieux-Lévis, cet ensemble multiforme est remarquable par le maintien de son caractère traditionnel, du moins dans la facture de son enveloppe extérieure. De plus, il est situé au cœur d’un secteur culturel et historique que la Ville doit conserver parce que porteur d’avenir dans le cadre d’un redéploiement d’infrastructures et d’activités touristiques permettant d’assurer, dans un avenir pas très éloigné, une interface aux activités touristiques de la Capitale.

De l‘avis du GIRAM, il doit absolument être conservé dans son intégrité avec une implication éventuelle indispensable de la Ville de Lévis. Contrairement à d’autres villes de même taille, Lévis, ne possède aucun musée ou centre d’interprétation, mis à part une mise en valeur dans le secteur du chantier AC Davie. Selon l’historien et spécialiste du patrimoine, Michel Lessard :

L’industrie du bois a fait la fortune de Québec et Lévis entre 1820 et 1890. Les Scies Mercier de Lévis pourraient devenir un centre d’interprétation du seul vestige architectural témoignant de cet épisode de notre histoire économique. Il faut faire appel à un ou une architecte inspiré (e) pour aménager cet espace unique. Le détruire serait gommé une trace majeure de ce qui nous a fait comme société1.

Scies Mercier Gaston Cadrin - 2010

Façade du bâtiment sur la rue Napoléon-Mercier. (Photo : Gaston Cadrin, 2010)

De plus, ce bâtiment témoigne éloquemment de l’industrie du bois à Lévis, notamment du bois de sciage pour l’exportation, mais également pour la construction navale en bois. Lévis demeure une ville de chantiers maritimes. Et après l’ère des grands voiliers, nos chantiers ont servi à lancer des goélettes et encore dans les années cinquante, les célèbres Gaspésiennes construites au chantier situé au pied de la côte Bégin. L’entreprise « Les scies Mercier » devait jouer un rôle complémentaire dans cette production, tout au moins pour l’aiguisage des scies. 

2- Le plan particulier d’urbanisme (PPU) pour le secteur Vieux-Lévis, adopté en 2017, prônait sa conservation

On y lit que :

« Le bâtiment des Scies Mercier, situé au 220 rue Napoléon-Mercier, est l’un des derniers témoins de l’activité industrielle de Lévis au XIXe siècle. L’intégrité exceptionnelle du bâtiment, sa valeur patrimoniale supérieure de même que la volumétrie particulière de ses toitures contribuent à caractériser ce carrefour d’accès important du Vieux-Lévis. La typologie particulière de cet immeuble de la fin du XIXe siècle attire l’œil des automobilistes et des piétons qui déambulent sur la côte du passage et sur la côte Labadie »2.

On pourrait ajouter que ce bâtiment est perceptible aussi dans le parc de la Terrasse du Chevalier-de-Lévis comme le démontre bien la photo ci-dessous:

Les Scies Mercier - Gaston Cadrin 2006

La partie sud du bâtiment (entrepôt de moindre valeur) a été démolie en 2018, à la suite d’un effondrement occasionné par le poids de la neige accumulée. La maison à l’est du bâtiment industriel est celle acquise par Napoléon Mercier en 1911, vraisemblablement en brique et dénaturée depuis. (Photo : Gaston Cadrin, 2006)

Ce bâtiment, en raison des équipements industriels encore en place, pourrait être affecté à une vocation d’interprétation des chantiers de bois et des industries connexes. Il est déplorable et incompréhensible, qu’une ville de 145 000 habitants (à l’instar de Sherbrooke, Saguenay, etc.), d’une grande richesse historique, ne possède encore aucun centre d’interprétation sur cette activité passée ayant marqué sa vie sociale et économique. Mais pour ce faire, une implication de la Ville sera nécessaire, voire indispensable.

Enfin, ledit bâtiment est identifié dans le schéma de développement et d’aménagement de la Ville adopté en 2007 et est reconnu comme ayant une grande valeur dans l’inventaire des bâtiments patrimoniaux du territoire lévisien.

3- De nombreux organismes (Fédération histoire Québec, APMAQ, GIRAM, etc.) et citoyens se sont déjà opposés à la démolition du bâtiment en 2010 et en 2020

Pour toutes les raisons, ci-dessus énumérées, nous demandons à la Ville de Lévis de déclarer dans les meilleurs délais, le bâtiment « Les Scies Mercier » et ses équipements industriels anciens, au titre de biens patrimoniaux. Un tel statut contribuerait à concrétiser la réelle valeur historique de cet ancien bâtiment industriel lévisien et pourrait assurer à long terme sa conservation et éventuellement, sa réhabilitation à des fins culturelles et touristiques

Acceptez, monsieur le maire, nos salutations les plus cordiales et notre soutien dans ce dossier.

Gaston Cadrin, vice-président au patrimoine (GIRAM)

Pj : plan cadastral

CC : Ministre de la Culture et des Communications, madame Nathalie Roy

1 Page Facebook: Pour la sauvegarde du patrimoine au Québec, commentaire du 22 janvier 2020.

2 Programme particulier d’urbanisme du Vieux-Lévis, Annexe au règlement RV-2011-11-22 sur le plan d’urbanisme, juillet 2017, p. 63.

 

Post scriptum:

Le Comité de Quartier du Vieux Lévis (CQVL) vous invite à manifester Manifester votre appui à la demande du GIRAM pour la citation de  »Scies Mercier » » à titre de bien culturel. Copiez, collez et signez le message suivant avec copies au    GIRAM: giram@videotron.ca  et  CQVL: infocqvl@gmail.com

 

M. Gilles Lehouiller, maire de Lévis.

gilles.lehouiller@ville.levis.qc.ca

La présente est pour vous indiquer que j’appuie la demande que le GIRAM vous a déposée le 26 août courant pour la citation du bâtiment « Les Scies Mercier » à titre de bien patrimonial.

Et j’ai signé,

(nom dactylographié) le ____      ________________2020

 

Copies à:     giram@videotron.ca        et      infocqvl@gmail.com  

Napoléon Mercier Sr, expert en machinerie navale

Napoléon Mercier Sr,  fondateur des Scies Mercier (1891) et des Machineries Mercier (1892),  était inscrit en 1921 comme expert en machinerie navale dans le répertoire de la Compagnie d’assurance Lloyds de Londres.

Scies Mercier - Lloyd's Register of shipping - 1921
Source: Lloyds’ Register of Shipping – 1921

 

Napoléon Mercier Sr,  entrepreneur, compétences et polyvalence

Scies Mercier - Annuaire Marcotte - 1914-1915
Napoléon Mercier, sr, mécanicien, modeleur et machiniste naval.               (Source: Annuaire Marcotte, 1914-15)

 

Napoléon-J. Mercier Jr, gérant de la Cie de Machineries Mercier

En 1915,  Napoléon-J. Mercier Jr dirigeait pour Napoléon Mercier Sr, la Compagnie des Machineries Mercier opérant alors à l’adresse 3, Côte  Shaw, maintenant constituant la section sud-ouest de la rue Napoléon-Mercier.

Scies Mercier - Annuaire - 1914-1915 No 3
                (Source: Annuaire Marcotte – 1915-16)