La ville de Lévis vendra-t-elle finalement à Groupe Dallaire les lots nécessaires pour la construction d’un hôtel de style contemporain dans le Vieux-Lévis, secteur de la Traverse ?

Le 29 août 2017, il y a donc moins d’un an, un article publié sur le site du Comité de quartier du Vieux-Lévis apportait les informations qui suivent :

  • L’hôtel « Phare » de la Traverse, avec ses sept étages de facture contemporaine, sera érigé sur deux propriétés identifiées au Cadastre foncier du Québec par les numéros 2 434 867 et  2 434 868.
  • Le rôle d’évaluation en date de ce 29 août 2017 identifie formellement le Patro de Lévis comme propriétaire du lot  2 434 868.
  • En 2017, le conseil du Patro était composé de 9 membres, tous administrateurs bénévoles. Parmi ceux-ci se trouvent Robert Cooke, vice-président du Patro de Lévis, ancien directeur du Service d’urbanisme de Lévis (1987-2013), et alors vice-président au développement pour le Groupe Dallaire (Cominar).
  • Également parmi les 9 administrateurs du Patro de Lévis se trouvait Benoit Caron, directeur général de Desjardins, Caisse de Lévis.
  • Le Registre foncier du Québec fait autorité en matière foncière au Québec. En date du 19 août 2017, l’index des immeubles du Registre indiquait que le propriétaire du lot 2 434 868 était la ville de Lévis, ce suite à une vente survenue le 22 janvier 2004.
  • L’auteur de l’article demanda alors au  maire de Lévis de clarifier sans délai cette situation ambiguë, inusitée et déroutante, de « remettre les pendules à l’heure », et de « donner l’heure juste », faute de quoi les citoyens et contribuables pourraient commencer à croire qu’il s’y trouvait  « anguille sous roche ».

L’article du Comité de Quartier a produit ses effets. En date du 5 avril 2018, le rôle avait été corrigé. Le nom du Patro de Lévis avait disparu. Le vrai propriétaire était bien inscrit comme étant la ville de Lévis.

Les pendules ont donc bien été remises à l’heure.

Cependant, les faits en cause permettent d’établir la présomption qui suit: les Groupe Dallaire et Desjardins sont entrés dans la partie depuis longtemps et ils bénéficient d’une longueur d’avance sur les autres promoteurs (et leurs institutions financières) dans le cadre de l’appel de propositions du 3 avril dernier pour l’achat des lots 2 434 867 et  2 434 868 afin d’y construire un hôtel de 7 étages de style contemporain  dans le secteur dans le Vieux-Lévis, secteur de la Traverse.

Le délai établi pour la réception des propositions se termine le jeudi 31 mai 2018, soit une période inférieure à 2 mois. Le délai est-il trop court dans la recherche pour obtenir la meilleure proposition ?

Le cœur historique de la Traverse                                   – Sixième partie

Séoul, Lévis et les lieux de mémoire, deux approches diamétralement opposées pour la mise en place de programmes particuliers d’urbanisme (PPU)

Depuis 1990 à Séoul, l’histoire de la mise en valeur du Palais royal  

Au début du dernier siècle, les Japonais avaient mis fin à la dynastie des rois Joseon qui avaient régné sur les Coréens de 1392 à 1910.  Au cours des siècles, les Joseon avaient construit à Séoul un Palais qui comptait plus de 500 bâtiments, répartis sur un site de 40 hectares.

Séoul - Palais impérial - Lavis
Le Palais des rois Joseon

À partir de 1911, le gouvernement japonais entreprit la démolition du Palais royal. Seulement une dizaine de bâtiments furent épargnés.  Puis, à partir de 1916, entre les deux portes qui gardaient l’entrée du Palais,  les Japonais érigèrent un imposant édifice administratif de style néo-classique. Ce qui restait de l’héritage architectural des rois de Corée fut minimisé et radicalement occulté.

Traverse - Seoul - Japanese_General_Government_BuildingVers 1930, l’édifice administratif japonais

Traverse Seoul - Japanese adm. 3
Vers 1980, la première porte d’accès au Palais et l’avant de l’édifice administratif Japonais
Traverse Seoul - Japanese adm. 4
La porte intérieure du Palais royal à l’arrière de l’édifice administratif japonais
Seoul - Vue aérienne - Palais et batiment administratif
Vue aérienne de l’édifice administratif japonais devant la cour de la salle du tribunal des rois Joseon
Seoul - Démolition - Bâtiment adm.
En 1995, le gouvernement de la Corée du Sud entreprit la démolition du bâtiment nippon

Un Programme particulier d’urbanisme à caractère radical

Vers 1990, le gouvernement de la Corée du Sud  mit en place un projet particulier d’urbanisme visant à refaire intégralement l’environnement de l’ancien Palais Royal. En premier lieu, on procéda à la démolition de l’ancien édifice administratif japonais. La  construction  aurait pu défier les siècles, mais l’édifice était considéré comme un affront à la mémoire des Coréens.

Depuis quelques années, le Palais de Séoul est devenu une destination incontournable pour les millions d’étrangers qui chaque année choisissent de se rendre visiter la Corée du Sud. En 2015, 40% des bâtiments de l’ancien Palais avaient été reconstruits. Le plan devrait prendre fin dans une dizaine d’années.

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La cour où jadis se trouvait l’édifice administratif japonais suivi par la porte intérieure du Palais

 

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Reconstitution d’époque, les gardes à la porte intérieure du Palais
Traverse - Seoul - Gyeongbokgung - 1
La cour intérieure du Palais et la salle du trône, tribunal administratif des rois Joseon

Séoul compte des architectes contemporains audacieux qui jouissent d’une grande liberté professionnelle. Toutefois, l’État a toutefois interdit  la liberté architecturale dans le périmètre du Palais royal.

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La tour GT Est à Séoul, un exemple de l’exercice de la liberté architecturale en milieu urbain contemporain

Séoul a choisi de faire une distinction claire et nette entre milieu patrimonial et milieu contemporain dans la mise en place de projets ou plans particuliers d’urbanisme. Comme conséquence, il y a interdiction des constructions contemporaines en milieu hautement patrimonial.

Voici comment les Coréens projettent l’image de Séoul, leur capitale, à l’intention des touristes en quête d’exotisme:

 » Séoul, la capitale de la Corée, symbolise à elle seule une part importante du patrimoine culturel de la Corée et reste la ville incontournable pour tous les touristes étrangers. Même si Séoul figure aujourd’hui parmi les plus grandes métropoles modernes dans le monde, son centre historique, entouré d’une muraille construite il y a plus de 600 ans, abrite quelques-uns des plus précieux vestiges du patrimoine historique de la Corée avec ses palais royaux, ses portes et ses vieux quartiers résidentiels. »                                           Source Korea.net

http://french.korea.net/AboutKorea/Tourism/Historical-Heritage-Seoul

À Lévis depuis 1988, l’histoire de la mise en valeur du quartier de la Traverse

Ce qui faisait l’originalité du quartier de la Traverse au début du siècle dernier, du côté est, il y a l’anse Bégin, du côté ouest, la côte Labadie, et au centre, les bâtiments  dans les environs de l’ancienne Halle Lauzon ( la  »gare intermodale »).

L’anse Bégin

 

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L’arrivée du bac à Pointe-Lévy, James Pattison Cockburn, 1831

 

La traverse - 7-
La cale flottante et le quai de halage du chantier A.C. Davie
Traverse - Côte Bégin - Diamant Bleu
Au pied de la côte Bégin, le site historique national canadien du chantier A.C. Davie, suivi par les condos Diamant Bleu
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Les condos Diamant Bleu et le Site national canadien du chantier A.C. Davie

La côte Labadie

Traverse cote Labadie
En 1870, l’auberge du capitaine Augustin Labadie, suivie de la côte Labadie
Traverse - Cote Labadie en rouge
Carte postale enjolivée de la côte Labadie, vers 1890, avant l’arrivée de l’électricité

 

 

Traverse cote-labadie- No 3
Vers 1910, carte postale de la côte Labadie, la pittoresque  »Old Breakneck Hill »
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Entre 1985 et 1988, démolition des  »taudis » (?) de la côte Labadie, érection d’un escalier pour valoriser l’environnement des « Rives du Saint-Laurent, le projet d’une centaine de condos de luxe.
Traverse - Rives du Saint-Laurent - modifiée
Au pied l’ancienne côte Labadie, les condos  »Rives du Saint Laurent »,

 

Le centre du quartier de la Traverse

Traverse - Gare intercolonial vers 1900
La halle Lauzon, construite par la ville de Lévis en 1864, devenue en 1885, la gare de la Compagnie du chemin de fer de l’Intercolonial, puis Gare intermodale de VIA Rail jusqu’à 1997, enfin, aujourd’hui, dans la longue attente d’une vocation
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L’ancienne Halle Lauzon, siège de la ville de Lévis de 1864 à 1885
Pharmacie Dion 2017
L’ancienne pharmacie J.O. Dion, à 50 pas à l’est de la Halle Lauzon
Traverse Pharmacie Dion et Trqmway
Dans ses beaux jours, la pharmacie Dion, vers 1920
Traverse - Merchants Bank 2
En face de la Halle Lauzon, « The Merchants’ Bank » construite en 1875, et l’ancien Hôtel Saint-Louis
Traverse - rue Laurier - 1900 - 2
La rue Laurier, vers 1905

 

Traverse - Laurier avenue - 1915
La pittoresque rue Laurier vers 1915, centre névralgique des communications Lévis-Québec pendant le 19e et le 20e siècle.
Traverse - rue Laurier - 1900 - 2
La rue Laurier, vers 1905

Traverse - rue Laurier - vers 1900
L’avenue Laurier vers 1900, de gauche à droite, la Station de police et d’incendie, la Caisse d’économie, l’Hôtel Kennebec, l’hotel Lawlor et le Bureau de Poste, en arrière plan, la parois supérieure de la Falaise et le Couvent de Lévis

Conclusion:

En 1987, la ville de Lévis a été appelée par des citoyens à procéder à la reconstruction des bâtiments historiques de la Traverse. La ville a préféré écouter et répondre aux intérêts de certains promoteurs qui fait marché avec une institution financière locale très portée à exercer  un pouvoir dominant sur les conseils successifs de la ville de Lévis.

Les élites ont ignoré tout le potentiel de créer un produit touristique fortement doublement axé sur le patrimoine immobilier de la Traverse de Lévis et celui du panorama unique sur la ville de Québec. Les citoyens de 1987 avaient signalé de réaliser à la Traverse un projet à Lévis comme celui à Québec de Place Royale.

Les élites de Saint-Malo et de Séoul, choqués au cours du 20e siècle par la démolition du cœur historique de leur villes respectives, ont su vraiment reconnaître la richesse de leur patrimoine respectifs, contrairement aux élites Lévis ou apparaît régner soit l’ignorance, la paresse, l’insouciance, la soumission, la cupidité, ou parfois la mauvaise foi.

Yvan-M. Roy

 

 

À Lévis, voilà que la statue du Chevalier François-Gaston de Lévis sera déboulonnée et repositionnée pour faire place à une scène de spectacle d’été

Le 10 mai 2017, Gilles Lehouiller, maire de Lévis, a dévoilé un Plan concept d’aménagement pour la Terrasse du Chevalier de Lévis dans lequel il est proposé de déboulonner la statue du Chevalier François-Gaston de Lévis pour la relocaliser sur un nouveau socle à quelque 60 mètres plus au sud. L’idée est de libérer l’angle nord de la terrasse afin de pouvoir,  à l’occasion, ériger à l’été une scène pour des spectacles culturels en plein air.  Le Plan devrait être réalisé en 3 phases sur un horizon de 6 ans,  pour un investissement d’environ 7 millions.

La Terrasse du Chevalier de Lévis, vue actuelle

Chevalier de Lévis 5
Vue aérienne (Google Earth) de la Terrasse du Chevalier de Lévis
  • A) Monument du Chevalier François-Gaston de Lévis (2011)
  • B) Les deux kiosques d’observation avec vue sur l’ouest et le Vieux-Québec
  • C) Point d’accueil principal
  • D) Relocalisation de la plaque et du monument de l’inauguration par le roi Georges VI en 1939
  • E) Localisation projetée pour le monument du Chevalier de Lévis
  • F) Kiosque de musique inauguré en 1939, destiné au marteau piqueur.
  • G) Falaise (talus) sous les murs de la terrasse

Scène d’usage courant à Lévis pour spectacles culturels d’été

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Scène extérieure du Festival Jazz de Lévis,  Côte-du-Passage/rue Saint-Louis (Août 2017) et l’omniprésence de Desjardins, le principal commanditaire .

Le Plan concept d’aménagement pour la Terrasse Chevalier de Lévis

Terrasse chevalier - Plan d'aménagement 6
Esquisse du Plan concept d’aménagement de la Terrasse Chevalier de Lévis, déposé en juin 2017

L’esquisse du Plan concept d’aménagement indique, en noir, 9 points de référence, et en blanc, 3 points. Aucun point de référence en ce qui concerne le nouvel emplacement retenu pour la statue de François-Gaston de Lévis. En ce qui concerne le Jardin commémoratif, on constate ainsi la mention du Régiment de la Chaudière en caractères gras majuscules, le Monument d’inauguration-1939  en caractères gras minuscules, et aucune mention concernant le nom de celui qui a été retenu pour identifier le lieu il y a près d’un siècle.

François-Gaston de Lévis,  brigadier général  à Québec, puis maréchal de France  

François-Gaston de Lévis est un personnage majeur dont le nom est inscrit dans l’histoire de l’Amérique,  celles de l’Angleterre et de la France.  En avril 1760, comme brigadier-général, il a gagné à Québec la dernière bataille qui a opposé l’Angleterre à la France en sol nord américain ( Guerre de Sept-Ans – The French and Indian War). En fin de carrière,  Lévis fut nommé maréchal de France (1783 à 1787), la plus haute distinction militaire dans un pays qui comptait alors quelque 1 150 généraux et 180 000 soldats et officiers.

Francois-Gaston-de-Levis - Statue et monument 3
Le monument de François-Gaston de Lévis et, en arrière plan,               l’arrondissement historique du Vieux-Québec.                                                               (Patrimoine mondial-UNESCO-1985)

Le titre de maréchal de France, créé en 1185, demeure la plus haute distinction militaire de France.  » Il  n’y a pas de condition particulière pour être élevé à la dignité de maréchal de France. La coutume demande que l’on ait commandé en chef une armée et obtenu la victoire ; il n’est pas nécessaire que cette victoire ait été emportée sur le sol national. »                            https://fr.wikipedia.org/wiki/Mar%C3%A9chal_de_France

Le budget initial  

Au point de départ, le budget du projet était de 200 000 $, réparti de la manière qui suit :

  • La Caisse populaire Desjardins de Lévis : 100 000 $  –  La statue livrée incluant les taxes et honoraires professionnels.
  • La Commission de la Capitale nationale : 100 000 $  –  Le socle, la plaque, les panneaux d’interprétation et l’aménagement.
  • La Ville de Lévis : Un emplacement sur la Terrasse du Chevalier de Lévis

La Commission de la Capitale nationale 

La conception et la gérance du projet

Charles-Olivier Roy, artisan et modéliste 3D, a été le concepteur et maître d’oeuvre du projet dont la réalisation s’est déroulée de janvier 2011 à juin 2013.

Conclusion: Il y a de fortes présomptions que le déboulonnement de la statue du Général François-Gaston de Lévis s’inscrit dans un projet officiel de  »branding »  appelé  »La voie de Desjardins », un parcours qui ira du Parlement de Québec, en passant à Lévis devant  la maison Alphonse-Desjardins, pour aboutir finalement à la Terrasse du Chevalier de Lévis où, durant la saison d’été, aura été érigée au principal point de convergence de la dite terrasse, une scène de spectacle commanditée par le groupe Desjardins.

Yvan-M. Roy

 

La Traverse, jadis le cœur écomomique de Lévis

En janvier 2013, M. David Gagné, historien au  Service du patrimoine et du soutien à l’urbanisme pour la ville de Lévis, a écrit un mémoire des plus intéressant concernant  l’histoire de la Traverse de Lévis. Le travail relate quatre siècles d’interventions depuis  l’établissement des premiers Européens. En prélude à ses conclusions, l’historien a avancé ceci :

Le secteur de la Traverse a subi de profondes transformations au cours des dernières décennies du 20e siècle. Si au début du siècle il était le cœur économique de la ville, ce secteur fut progressivement dépouillé de ses attributs jusqu’à nos jours. ( p.35)

L’historien avait précédemment signalé que le chemin de fer était autrefois  lié à l’identité de Lévis, à une époque fébrile où la ville se trouvait  «au cœur de son âge d’or » :

Le chemin de fer est aujourd’hui entièrement disparu dans le secteur de la Traverse. Aucun élément en fait rappel, si ce n’est que la gare intermodale, dont seul le nom possède une connotation ferroviaire. L’impact du chemin de fer est considérable, autant dans l’aménagement du secteur que pour son économie. La présence ferroviaire est liée à l’identité même de Lévis, puisque ce mode de transport fut au cœur de son âge d’or, de son développement institutionnel et commercial. Il est primordial que ce phénomène soit inséré dans le concept d’aménagement. Le réaménagement et la mise en valeur du bâtiment de la gare intermodale devraient être au centre de tous les travaux de ce secteur. Comme il s’agit de l’un des bâtiments les plus anciens de Lévis et que son été physique est excellent, il pourrait devenir le centre névralgique de tout ce secteur. Étant donné que la fonction initiale du bâtiment était le marché public, les lieux pourraient accueillir certains étals temporaires, notamment à l’extérieur sous les marquises, créant une animation ponctuelle compatible avec les autres usages du bâtiment et la réglementation, ajoutée à une mixité des activités par l’aménagement de bureaux. (p. 25)

L’historien avait indiqué précédemment qu’entre 1861 et 1881, «… l’accroissement de Lévis est de 82% tandis qu’il est de 6% pour Québec ». (p.14)

La réalité est que la fonction ferroviaire que l’on attribue aujourd’hui à la « gare intermodale »   n’a débuté qu’en 1885, alors que le bâtiment lui-même avait été construit vingt ans auparavant par le premier conseil de Lévis.  Dans les faits, la fonction initiale du bâtiment n’était pas liée exclusivement au commerce. En 1864, le premier conseil de Lévis avait en réalité fait construire ce grand bâtiment pour servir comme  halle de commerce au rez-de-chaussée, et  à l’étage supérieur,  comme  bureau municipal, avec une salle pour les réunions du conseil et les rencontres communautaires, les  concerts et les événements spéciaux.  C’est dans cette dernière salle que le 29 avril 1869, sous la présidence du curé David Déziel, fut fondée par le notaire Léon Roy, en  présence de quelque 150 citoyens, la Société de construction permanente de Lévis. Les objets de cette société au caractère mutualiste étaient de favoriser l’épargne ouvrière et de permettre au plus grand nombre d’accéder à la propriété. De 1889 à 1894, Alphonse Desjardins occupa un siège au conseil d’administration de cette mutuelle  avant de fonder la Caisse populaire de Lévis en décembre 1900. L’historien Pierre-Georges Roy était fermement convaincu que M. Desjardins avait puisé dans cette société l’idée qui allait le mener à fonder la Caisse populaire de Lévis. ( À la fin : yvanm.eklablog.com/tag/theriault )

L’historien Gagné a ajouté  finalement que « la gare intermodale »   demeure   «  l’un des bâtiments les plus anciens de Lévis …  son état physique est excellent, il pourrait devenir le centre névralgique de tout ce secteur ».  

Depuis maintenant 30 ans, Lévis a été invité à multiples reprise à développer le centre névralgique du secteur de la Traverse en gardant une étroite relation avec  notre héritage architectural . La ville a rejeté les demandes de reconstruire autour de l’ancienne Halle Lauzon (la Gare intermodale) certains édifices comme l’ancienne Caisse d’économie de Notre-Dame, l’ancien Hôtel Kennebec, l’ancien hôtel  W. Lawlor, tous des bâtiment qui auraient  contribué, avec la rénovation du premier hôtel de ville de Lévis (la Halle Lauzon), a faire revivre un cadre patrimonial identitaire formidable. Québec, Saint-Malo , et Séoul  sont des villes qui ont bien su renouer avec le centre névralgique de leur histoire.

Dans le Programme particulier d’urbanisme (PPU), l’objectif principal retenu par la ville pour le secteur de la Traverse s’énonce ainsi:

 favoriser  le rayonnement de la Traverse, l’une des entrées les plus significatives de la ville sur le plan historique, touristique et identitaire par la construction de bâtiments de facture contemporaine, attrayants lorsqu’ils sont observés depuis le fleuve Saint-Laurent ou depuis la ville de Québec.

 

Quel paradoxe ! Quelle belle pirouette !

 

Yvan-M. Roy

Pour lire le mémoire de l’historien David Gagné : https://www.ville.levis.qc.ca/fileadmin/Documents_PDF/Histoire-secteur-Traverse.pdf

 

En 2013, première requête infructueuse pour un programme particulier d’urbanisme (PPU) qui viendrait mettre en valeur le caractère unique et précieux de la Traverse de Lévis

Recommandation pour le rejet du projet de règlement concernant diverses modifications au règlement RV-2011-11-31 portant sur le Plan d’implantation et d’intégration architecturale (PIIA) du secteur de la Traverse, demande d’un moratoire et d’un Programme particulier d’urbanisme (PPU)

par Yvan-M. Roy, 25 février 2013

Le contexte

Le secteur de la Traverse a fait partie autrefois du quartier Lauzon, l’un des trois quartiers qui ont été créés en 1861 lors de la fondation de Lévis. Pendant les cent premières années, la Traverse fut le principal quartier commercial et industriel de la ville, un lieu majeur pour la construction navale, les transports ferroviaires et routiers, un lieu de restauration, d’hébergement et d’habitation. J’appartiens à la dernière génération qui a connu le secteur de la Traverse avant la déstructuration débutée par la démolition du Bureau de poste de l’avenue Laurier, au milieu des années 50’, pour faire place à un stationnement.

Sont disparus bien des bâtiments que les personnes de ma génération pouvaient encore voir au milieu du siècle dernier.  Le secteur a subi une mutation profonde causée par une série d’incendies et de démolitions, parfois injustifiées, le tout en parallèle avec une décroissance des activités qui en avaient fait une place économique centrale sur toute la rive droite du Saint-Laurent.

Il y a une quarantaine d’années, le ministère des Affaires culturelles du Québec a dressé un inventaire des bâtiments traditionnels dans le périmètre des anciens quartiers du Vieux-Lévis. L’inventaire a révélé la présence d’une forte concentration de constructions centenaires, construites au 19e siècle. Dans le secteur de la Traverse, il y fut noté des immeubles prestigieux, comme celui de la Halle Lauzon (1864), la Banque des Marchands (1875 – Hôtel Saint-Louis), la pharmacie Dion, le restaurant l’Escalier, sans oublier le complexe maritime A.C. Davie. L’inventaire identifia également une douzaine de bâtiments plus modestes situés dans la zone M2163.

Rive gauche, rive droite

La rive gauche : J’ai connu la Basse-Ville de Québec durant les années 50’, particulièrement les rues de la paroisse Notre-Dame-des-Victoires. La situation de l’époque était semblable à l’actuelle situation de la Traverse de Lévis. Les immeubles étaient passablement délabrés, plusieurs laissés  l’abandon. L’activité financière avait abandonné la rue Saint-Pierre. Le gouvernement du Québec vint en aide à la ville de Québec. Le projet de Place Royale fut réalisé. Plusieurs rues furent restaurées ou rénovées, dont Place Royale, Petit Champlain, Sault-au-Matelot, Saint-Pierre, Saint-Paul, Dalhousie, etc. Sauf quelques propriétés sous juridiction fédérale, les interventions et les constructions furent réalisées dans le cadre d’une réglementation stricte afin de conserver le caractère des lieux, l’esprit qui se dégageait des 17e, 18e et 19e siècles. Ce fut et cela est demeuré un coup de main extraordinaire pour l’industrie touristique régionale.

La rive droite : Dans le secteur de la Traverse à Lévis, ce fut une toute autre histoire. En 1987, le service d’urbanisme de Lévis étudia les projets de deux promoteurs, l’un à l’ouest au pied de la côte Fréchette, l’autre à l’est au pied de la côte Bégin. Malgré plusieurs invitations à la prudence, la ville autorisa la construction des deux projets. Chacun des immeubles a constitué une coupure radicale avec l’image traditionnelle du secteur. Alors que la hauteur moyenne des bâtiments patrimoniaux était d’environ 10 mètres (+/- 33 pi.), sur 2 ou 3 étages), les bâtiments contemporains comptaient 6 étages, pour une hauteur voisinant 17 mètres (+/- 55 pi). La vue de la falaise fut obstruée à plus de 60%.

Le volume des constructions nouvelles se caractérise par la démesure face aux constructions anciennes. Il y a autant de différence qu’il peut y en avoir entre une motocyclette et un camion, entre un cheval et un hippopotame. Des centaines d’unités de condominiums, d’une architecture contemporaine avec grandes fenestration, portes patios et balcons sur le fleuve, apportent un contraste marqué à proximité de  constructions patrimoniales classées, comme c’est le cas au chantier A.C. Davie.

Aujourd’hui, tout visiteur qui arrive par le traversier à la porte du Vieux-Lévis (la Traverse) se voit d’abord offrir la perspective d’un quartier central ayant conservé certaines traces du 19e siècle, le caractère et l’esprit du Vieux-Lévis, mais dont les extrémités sont flanquées de deux constructions contemporaines se démarquant par le contemporain et la démesure. Ce que le projet d’amendement propose, c’est de poursuivre la dénaturation de ce secteur patrimonial en permettant l’implantation au centre d’autres constructions de style contemporain, avec balcons et portes patio, dans cette zone habitable M2163* au sud de la rue Saint-Laurent. Bientôt, l’utilisation du terme ‘’ Vieux-Lévis’’ pour le positionnement touristique (branding) deviendra une imposture.

* La zone M2163 borne au sud la rue Saint-Laurent sur 418 mètres, de la côte Fréchette jusqu’à l’Escalier Rouge.

Le rendement de l’industrie touristique

Ce qui fait le caractère spécial de notre région, ce sont les montagnes, le fleuve, les falaises, l’histoire, les constructions publiques et privées des siècles passés, et bien sur, une campagne pittoresque à quelques minutes du centre urbain. Une atteinte aux éléments qui composent ce caractère est un  frein au rendement de notre industrie touristique.

Devant cette richesse, nous devons agir en tant que fiduciaires, non pas avec les pleins pouvoirs de propriétaires. C’est la nature du message que j’ai transmis par lettre au conseil de Lévis en juillet 1987 lorsque j’ai pris connaissance que la ville voulait autoriser la construction dans le secteur de la Traverse de deux projets comportant des centaines de condominiums de facture contemporaine. (Google : Projets immobiliers risqués – Le Soleil – juillet 1987   OU  http://yvanmroy.over-blog.com/article-projets-immobiliers-risques-1987-91103482.html

Une coalition pour le capitalisme radical

Le projet d’amendement du PIIA répond aux pressions d’une coalition qui existe depuis 25 ans entre de grands promoteurs et de grands prêteurs hypothécaires pour s’opposer aux mesures et règles qui viendrait diminuer le rendement maximum des capitaux. Il s’agit d’une vue strictement matérialiste qui s’explique dans un cadre général, mais qui ne s’aurait trouver son application dans un contexte particulier et spécial, comme celui du Vieux-Québec, ou celui du Vieux-Lévis.

Dernièrement, Lévis a rejeté l’offre du gouvernement québécois de créer dans le Vieux-Lévis un arrondissement historique, à l’image du Vieux-Québec.  Lévis, ville de coopération, n’est-elle pas cet endroit en sol d’Amérique qui propose depuis cent ans d’humaniser le capitalisme. Une autre imposture, peut-être ?

Les consultations passées concernant la Traverse

Lors de la consultation sur l’élaboration du Plan d’aménagement de la bordure fluviale le 4 février  1991, j’ai présenté une demande de reconstruction  du secteur de la Traverse, demande que j’ai reprise le 7 octobre 1992 lors de la consultation sur le premier Plan d’urbanisme de Lévis. Voici un extrait du mémoire déposé à cette date et qui peut être consulté sur Internet. (Google : Vieux-Lévis – Plan d’urbanisme – 7 octobre 1992)

’Les règlements proposés ne respectent pas le caractère historique du secteur où est née la corporation de la ville de Lévis, et où a débuté la dynamique économique  de la population de Lévis. Le 5 février 1991, j’ai proposé à la ville de Lévis de diriger la réglementation dans le secteur de la Traverse pour redonner à ce secteur historique l’aspect qu’il avait à l’époque où ont vécu Allison Davie et Alphonse Desjardins.’’

 La consultation du 25 juin 2009

 Lors de la consultation du 25 juin 2009, j’ai demandé pour la énième fois de considérer la reconstruction de la Traverse comme elle se trouvait à l’époque d’Alphonse Desjardins, à l’âge d’or du Vieux-Lévis. Une vision romantique, nostalgique, mais certes opportuniste si l’on considère l’immense succès touristique que Québec a réussi avec Place Royale, le Vieux-Port et le Petit Champlain. La reconstruction de la Traverse, c’est de faire revivre un milieu très significatif pour les Lévisiens, et qui serait très attrayant  autant pour les touristes québécois que pour ceux du monde entier. Le projet actuel manque gravement de perspective et de vision.

Le groupe Daniel Arbour et Associés. (IBI/DAA)

En septembre dernier (2012), les directions de l’urbanisme et du développement ont retenu les services de la firme Daniel Arbour et Ass. pour diriger les projets de construction dans les 3 zones du secteur de la Traverse, un contrat de  950 000 $ pour un projet de 19 000 000 $

En 1990, la firme DAA avait recommandé le développement d’un vaste quartier résidentiel sur les 312 acres de la Pointe-de-la-Martinière. Dans un mémoire déposé lors des consultations à l’époque, je m’étais opposé à la recommandation. Heureusement, la ville n’a pas suivi ce que DAA recommandait. L’endroit est devenu un des plus beaux parcs thématique de la capitale nationale.

En 2010, la direction de l’urbanisme a retenu de nouveau les services de DAA pour diriger la consultation sur l’implantation d’un complexe de 150 condos et logements locatifs à quelques pas de la Halle Notre-Dame et du Manège militaire, deux immeubles à très haute valeur patrimoniale dans un des parties les plus prestigieuses du Vieux-Lévis.

L’initiative des modifications actuelles au règlement RV-2011-11-31 doit être attribuée au groupe Daniel Arbour et Associés.

CONSIDÉRATION : Je considère que les modifications demandées  au règlement RV-2011-11-31 sur le PIIA dans le secteur de la Traverse sont dangereuses parce qu’elles attaquent gravement et sérieusement un secteur névralgique pour l’interprétation du Vieux-Lévis, dont l’architecture est marquée très fortement par des constructions du 19e siècle. Il n’y a aucune mesure de renforcement, non plus d’atténuation.

EN CONCLUSION, c’est pourquoi je demande au conseil de l’arrondissement Desjardins, de faire droit à ma demande et de la transmettre au conseil de ville, à savoir :

REJETER les modifications au règlement RV-2011-11-31;

DÉCRETER un moratoire sur le développement de la zone M2163;

ADOPTER un Programme particulier d’urbanisme (PPU) avec objet de restaurer le côté sud de la rue Saint-Laurent tel qu’il était l’époque d’Alphonse Desjardins;

CONSACRER les crédits nécessaires à la réalisation du PPU.

Yvan-M. Roy

Le 25 février 2013