Que serait le Vieux-Lévis dans le secteur de la Traverse si Guy Lachambre, maire de Saint-Malo, avait été maire de Lévis ?

D’abord introduisons Guy Lachambre. Il fut élu en 1947 maire de Saint-Malo en pays Breton. La ville avait été détruite à 80% dans le mois d’août 1944 par les troupes alliées. Il a présidé la reconstruction de Saint-Malo de 1947 à 1965. Aujourd’hui,  il est inscrit sur un grand médaillon en bronze apposé sur l’hôtel de ville : « Guy Lachambre, 1898-1975, ensemble nous ferons resurgir Saint-Malo ».

Voyons comment se trouvait Saint-Malo quand Lachambre a débuté son premier mandat en 1947, et comment se trouvait la situation quelque 20 ans plus tard.

Traverse - Saint-Malo 1
En août 1944, le quartier Saint-Vinvent
Traverse - Saint-Malo 2
Aujourd’hui, le quartier Saint-Vincent
Traverse - Saint Malo - 5
En août 1944, le Château
Traverse - Saiont-Malo 6
Aujourd’hui, le Château
Traverse - Saint-Malo - 9
En août 1944, Place Saint-Vincent
Traverse - Saint-Malo - 10
Aujourd’hui, Place Saint-Vincent

Et maintenant le Vieux-Lévis,  la rue Laurier au cœur de la Traverse

  1. La Traverse 10
    En 1905, la rue Laurier, le cœur et l’âme de la Traverse
    Traverse - Rue Laurier 1920
    La rue Laurier en 1920
    Traverse Rue Laurier - 2017
    En 2017, comme si un bombardement avait touché la rue Laurier

    La déchéance du quartier de la Traverse a débuté en 1955 par la démolition du Bureau de poste pour faire place à du stationnement.

    1.  

Depuis 1943, la ville de Lévis, a été sous la direction des 8 maires suivants:

  • Adélard Bégin (1943-1957).
  • Clément-Marie Thivierge (1957-1966)
  • Vincent-F. Chagnon (1966-1990)
  • Robert Guay (1990-1994)
  • Denis Guay (1994-1998)
  • Jean Garon (1998-2005)
  • Danielle Roy-Marinelli (2005-2013)
  • Gilles Lehouiller (2013-20___)

 

Conclusion:

Si un visionnaire comme Guy Lachambre avait été maire de Lévis, au lieu de laisser dépérir le quartier historique de la Traverse, il aurait  pris des moyens énergiques et extraordinaires pour lui rendre l’image qui en avait fait un emplacement des plus pittoresques.

Depuis 75 ans, quel triste bilan pour les maires de Lévis, dont Gilles Lehouiller, en position entre 1990 et 2005 comme conseiller, et depuis 2013, comme maire décideur.  L’actuel maire a négligé de redonner au Vieux-Lévis, et particulièrement au quartier historique de la Traverse,  son cadre historique d’origine, comme l’avait fait le maire Guy Lachambre dans les années suivant  les bombardements alliés vers la fin de la Deuxième Guerre Mondiale.falaise

Le PPU de 2017 relatif au Vieux-Lévis :

« La falaise lévisienne : un élément naturel identitaire. La rive fluviale étroite du Vieux-Lévis est coupée du reste du quartier par la falaise abrupte qui peut atteindre près de 35 mètres, créant une barrière géographique et perceptuelle entre le secteur de la Traverse et le plateau. La falaise marque le territoire lévisien et confère au Vieux-Lévis sa silhouette urbaine caractéristique. .. sa mise en valeur est un élément étroitement lié au processus de revitalisation du quartier ancien.

L’époque du conseiller et maire Lehouiller de Lévis marquera l’occultation d’un élément naturel identitaire du Vieux-Lévis, la falaise, contrairement à cette époque du maire Guy Lachambre de Saint-Malo, qui a présidé à la reconstruction majeure de tout de ce qui faisait jadis l’identité d’une belle ville et forteresse de la côte bretonne de France.

Yvan-M. Roy

La déstabilisation du secteur historique de la Traverse dénoncée en 1992 dans un mémoire lors des consultations sur le premier Plan d’urbanisme de Lévis

 

Extrait du mémoire portant sur le secteur historique de la Traverse

L’urbanisme et le patrimoine historique

La ville de Lévis a entrepris en 1991 les étapes finales devant mener à l’adoption d’un plan d’urbanisme. Le plan d’urbanisme d’une ville doit tenir compte d’une multitude de facteurs, dont celui du caractère historique des lieux. Dans le récent passé, Lévis a souvent ignoré la richesse de son patrimoine. Les règlements d’urbanisme de Lévis auront deux effets possibles, la consolidation ou la dévaluation du patrimoine historique et environnemental de la ville.

Les principaux intervenants concernant les règlements ont été :

–               Le Groupe Enviram ( M. Christian Côté)

–              Le Comité consultatif d’urbanisme

               Mme Francine Bégin et M. Gilles Lehouiller, conseillers

–              La direction générale du développement de Lévis (M. Robert Cooke)

–              Le service d’urbanisme (M. Robert Martel)

–              Flynn, Rivard avocats

(……………)

2.2 Le secteur de la Traverse

Concernant le secteur de la Traverse, le Projet de règlement relatif aux plans d’implantation et d’intégration architecturale (PIIA) identifie, en plus de la zone du Chantier maritime A.C. Davie, 6 zones ou catégories de construction, de terrains ou de travaux visés. Ces zones sont les suivantes :

–          zone Hd 59-65  ( côte Bégin – ancien J.-L. Demers)

–          zone Pa  59-44  ( le Chantier maritime A.C. Davie)

–          zone Cm 59-31  ( le Vieux Quartier)

–          zone Cm 59-32  ( Donbar)

–          zone Pa  59-33  ( le quai Paquet)

–          zone Cm 59-15  ( le bureau de Poste Canada)

–          zone Pa  59-22  ( la Gare intermodale )

J’ai fait une lecture attentive des objectifs et critères d’évaluation applicables à ces   zones. Dans toutes les zones, j’ai remarqué qu’il y avait des facteurs qui attaquaient gravement le caractère historique du secteur. Concernant le caractère historique de Lévis, la zone qui subira les impacts négatifs les plus significatifs sera la zone Hd 59-65 (côte Bégin – ancien J.-L. Demers). Ces impacts négatifs se feront sentir jusqu’aux principaux points d’observation dans la ville de Québec. L’impact le plus grave résultant de cette zone se fera sur la falaise de Lévis et sur la zone  Pa 59-44  (Chantier maritime A.C. Davie).

Les zones zone Cm 59-32  ( Donbar) et  Pa 59-33  ( le quai Paquet) subiront des effets négatifs importants, quoique moins graves. Enfin, la  zone Cm 59-31  ( Vieux Quartier) subira elle aussi des effets négatifs qui pourraient être facilement évités.

Les règlements proposés ne consacrent pas le caractère historique du secteur où est née la corporation de la ville de Lévis, et où a débuté le dynamisme économique de la population de Lévis. Le 5 février 1991, j’ai proposé à la ville de Lévis de diriger la réglementation dans le secteur de la Traverse pour redonner à ce secteur historique l’aspect qu’il avait à l’époque où ont vécu Allison Davie et Alphonse Desjardins.

Je ne crois pas avoir été rêveur en proposant une telle solution. Je pense avoir fait preuve deréalisme économique. Je suis convaincu que ma proposition est celle qui est la mieux balancée et celle qui devrait apporter le plus de dividendes aux citoyens de Lévis. Ma conviction repose sur les points suivants :

–          La proposition rencontre les 5 grandes orientations d’aménagement du Plan d’urbanisme de Lévis;

–          La proposition tire les leçons de l’échec du Vieux-Port de Québec;

–          La proposition s’appuie sur la règle « McDonald patrimoniale »;

–          La proposition s’appuie sur la présence du chemin de fer et des traversiers.

Cette proposition vise à permettre des immobilisations nouvelles et de stimuler une grande activité commerciale dans le secteur de la Traverse. Elle se situe à la rencontre de l’équilibre qu’il faut garder entre l’intérêt public et l’intérêt privé. La ville de Lévis a l’obligation de rechercher l’équilibre entre l’intérêt public et l’intérêt privé.

2.2.1 Les 5 grandes orientations d’aménagement du Plan d’urbanisme de Lévis

  1. Renforcer le positionnement régional
  2. Développer le potentiel touristique
  3. Améliorer la qualité de vie du milieu
  4. Optimiser l’utilisation du sol et l’organisation spatiale des fonctions urbaines
  5. Contrôler l’expansion urbaine et rentabiliser les infrastructures publiques.

2.2.2        Leçons tirées de l’échec du Vieux-Port de Québec

Les autorités du Canada ont investi pour les fêtes de 1984 plus de 125 000 000 $ dans le Vieux-Port de Québec afin de stimuler l’activité commerciale. La plupart des observateurs avaient prédit un échec. Deux opinions, publiées à la une dans Le Soleil du 29 novembre 1983, étaient pourtant prophétiques :

« Le Vieux-Port, c’est désastreux, dramatique à long terme en ce qui concerne la détérioration du Vieux-Québec » (Rodrigue Bédard, président des gens d’affaires du Vieux-Québec )

« Ils vont se casser la gueule avec leurs boutiques, tranche M. Gerry Paris, du Petit-Champlain. Les gens, et surtout les touristes, n’iront pas dans ces installations tout à fait artificielles. C’est du copiage de ce qui s’est fait aux États-Unis, à Quincy Market de Boston. Or, ce n’est pas toutes les copies américaines qui marchent au Québec! » Selon M. Paris, les visiteurs qui viennent à Québec sont à la recherche d’authentique, de vieilles bâtisses, de vrai monde. Les grands espaces et les centres commerciaux, ils les ont déjà chez eux. Et il est de notoriété publique que l’artisanat dans les centres commerciaux, ça ne marche pas. »

La leçon du Vieux-Port de Québec devrait éclairer les décideurs de Lévis. Lévis n’a pas les moyens de se casser la gueule. Les personnes physiques et morales qui seront identifiées resteront marquées pour longtemps.

Il existe de nombreuses photographies du secteur de la Traverse prises au début du siècle, notamment dans Industrial District of Lévis, dans Québec, ville du Patrimoine mondial de l’historien Michel Lessard et dans l’album Lévis du photographe Gaétan Paquet. Pour assurer un succès commercial et la création d’un site unique en  Amérique, Lévis devrait imposer de manière stricte la reconstruction du secteur historique de la Traverse avec comme guides les photographies pertinentes de ces documents.

2.2.3        La règle McDonald patrimoniale vs la règle McDonald impériale

L’entreprise McDonald  est reconnue comme une multinationale qui ne négocie pas l’architecture de ses immobilisations. Il y a des milliers de restaurants  McDonald jumeaux en Amérique. Sur ce point, Lévis, Skowhegan, Saco, Longueuil, Windsor, etc. se ressemblent. Pourtant, depuis quelques années, l’entreprise  McDonald a adopté des dérogations importantes à la rigidité des règles pour l’implantation et l’intégration de ses restaurants afin de préserver le caractère des secteurs historiques particuliers.

J’ai donné le nom de règle ‘‘McDonald impériale’’ à ce règle qui concerne l’architecture commune des restaurants McDonald. Selon une telle règle, le promoteur concessionnaire impose à la ville hôte ses plans et devis. C’est à prendre ou à laisser. Le restaurant  McDonald de la route Kennedy à Lévis, ouvert au tournant des années 80’ est un exemple typique d’une règle ‘’ McDonald impériale’’.

J’ai donné le nom de règle ‘’ McDonald patrimoniale’’ à une règle spéciale que le promoteur propose à la ville hôte pour préserver le caractère patrimonial du secteur d’implantation. Le restaurant  McDonald de la ville de Freeport, Maine, est l’exemple le plus remarquable du civisme économique de la multinationale McDonald. Le restaurant est situé devant l’Harraseeket Inn, une des plus anciennes auberges du Maine. L’architecture du bâtiment-restaurant appartient à l’époque où fut bâtie l’Harraseeket Inn. L’immense ‘’M’’, généralement présent devant tout restaurant, a cédé la place à deux enseignes discrètes qui sont suspendues, l’une au dessus de la porte principale, et l’autre à l’entrée du stationnement.

La ‘’Règle McDonald impériale’’ est la règle du ‘’gigantesque et payant’’. La ‘’ McDonald patrimoniale’’ est la règle du ‘’pittoresque et payant’’.

La proposition que j’ai formulée pour la Traverse est fondée sur une règle de type     ‘’ McDonald patrimoniale’’. Elle s’appuie sur les valeurs fondamentales de Lévis (Davie, Desjardins, la Halle Lauzon, Banque des Marchands, etc.) et non seulement sur les perspectives du fleuve et celles de la ville de Québec.

2.2.4        Le chemin de fer et les traversiers

Le chemin de fer permet de relier la ville de Lévis directement à Montréal et Halifax. Le service des voyageurs bénéficie d’une promotion internationale. Le transcontinental de Via Rail passe par la basse ville de Lévis. Les futurs hôteliers et aubergistes de la Traverse pourront faire la promotion directement à Montréal et dans les Maritimes…

Selon les statistiques de la Société des traversiers pour la période estivale de 1986, près de 500 000 visiteurs sont montés à bord des navires sans descendre à Lévis. Il s’agit d’un potentiel incroyable. Ce n’est pas en créant des immobilisations sans caractère que ces visiteurs vont débarquer. Dans la région de Québec, c’est le caractère ancien qui domine. Lévis a une occasion en or pour rétablir le pittoresque perdu. Je suis d’avis que c’est en récréant de manière stricte l’ancien quartier de la Traverse que Lévis atteindra son but.

2.2.5        Les zones du secteur de la Traverse

La zone Hd 59-65 (Côte Bégin)

La zone Hd 59-65 (Côte Bégin) fait face directement au Château Frontenac de Québec. Les personnes qui sont actuellement propriétaires de cette zone ont déclaré dans l’acte d’acquisition du 13 août 1986 que la vraie considération aux fins de droits de mutation était de 225 000 $. Le 30 décembre 1987, la Caisse populaire de Lévis a accordé un prêt de 750 000 $ aux propriétaires en cause. (C’est la zone du projet Quai d’Orsay)

–          La zone Hd 59-65 (Côte Bégin) est voisine à l’est de la zone zone Pa 59-44  ( le Chantier A.C. Davie). Les installations portuaires de ce petit chantier avancent même dans le fleuve devant la zone Hd-65 (voir annexe 6).

Je considère que pour cette zone, il y a une contradiction flagrante entre la plupart des objectifs principaux et les critères d’évaluation.

Les objectifs principaux de cette zone sont au nombre de 5 :

–          Le premier objectif visé consiste à harmoniser l’implantation et l’intégration architecturale des bâtiments résidentiels à fort gabarit de cette zone dans le contexte d’ensemble du secteur de la Traverse;

–          Le deuxième objectif visé consiste à assurer que le projet respectera la capacité d’accueil du site en ce qui a trait aux bâtiments, stationnements et aménagements paysagers;

–          Le troisième objectif visé est de limiter l’impact sur l’accès visuel au fleuve à partir du haut de la falaise;

–          Le quatrième objectif visé est de limiter l’impact visuel observé à partir du fleuve;

–          Le cinquième objectif est de respecter la falaise comme un élément majeur du paysage urbain avec lequel un projet doit composer;

Les spécifications concernant la zone Hd-59-65 permettent une densité brute de 150 logements et plus à l’hectare. La hauteur maximale des bâtiments, mesurés à partir de la cote d’élévation de 7,5 m est fixée à 17 mètres. Les règlements prévoient que les bâtiments se trouvant dans cette zone auront une élévation réelle de 24,50 m. au dessus du niveau de la mer.

À l’extrémité ouest de la zone, la cîme de la falaise se trouve à 32 m. d’élévation réelle, au centre, la cîme se trouve à 36 m., et à l’est, elle diminue de 36 m. à 25 m. en gagnant la côte Bégin.

La zone Hd 59-65  longe la rue Saint-Laurent sur plus de 300 m. Je prévois donc que sous une perspective obtenue à partir du Vieux-Port de Québec, la falaise de Lévis sera masquée de 66% à 100% sur une distance de 300 mètres entre le chantier maritime A.C. Davie et la côte Bégin.

Dans un document que j’ai remis à M. Gilles Lehouiller le 27 février 1991, j’ai indiqué que le complexe Les Rives du Saint-Laurent a masqué la falaise de Lévis pour un pourcentage de 64% sur une distance de 110 m. En 1992, cette distance a été portée à 150 m. par l’ajout d’une nouvelle construction.

Ceux qui ont été renversés par la taille du complexe Les Rives du Saint-Laurent n’ont rien vu encore. Dans la zone Hd 59-65 au pied de la côte Bégin, le complexe que les règlements autoriseront pourra être deux fois plus important que le complexe Les Rives du Saint-Laurent. Trois cent mètres font bien le double de cent cinquante mètres. Trois cent mètres peuvent accueillir 3 terrains de football bout en bout, ou cinq patinoires grandeur réglementaire. Les 5 principes énoncés dans le règlement sont contredits radicalement par les critères d’application.

La falaise de Lévis, élément du patrimoine mondial

Dans son analyse sur les potentiels du secteur de la Traverse, la firme Enviram avait ainsi décrit la falaise de Lévis dans le Plan directeur de la bordure fluviale :

« En arrière plan du secteur de la Traverse, la falaise et son couvert végétal constitue un élément fort de la structure du paysage qui rehausse la qualité de l’espace perçu et insère un des rares éléments à caractère naturel dans le champ des observateurs » (p. 23)

Comment donc déterminer l’élévation de manière à permettre à la falaise de Lévis de demeurer un élément fort de la structure du paysage ?

C’est le XIXe siècle qui a marqué l’architecture des bâtiments subsistants dans le secteur de la Traverse. Une consultation des photos anciennes du secteur (Voir avenue Laurier, Industrial District of Lévis, p. 59) indique que la majorité des bâtiments avaient alors 3 étages, la minorité 4 étages (voir annexe 3). J’ai déjà indiqué au conseil de ville que mes observations de la basse-ville de Québec ont révélé l’existence d’un ratio d’élévation bâtiment/falaise inférieur à 33% (Voir Géo, Avril 1992, p. 88). Le ratio dans la basse-ville de Lévis n’a jamais dépassé 50% en ce qui concerne les bâtiments traditionnels. Je suis d’avis que les critères d’évaluation permettant 6 étages sont donc très généreux, trop généreux pour les promoteurs. Ils sont excessivement dangereux pour l’élément naturel constitué par la falaise de Lévis.

La falaise de Lévis fait partie de Québec, ville du patrimoine mondial. Quelques citoyens de Lévis conservent jalousement des boulets français trouvés à la cime de la falaise et tirés sur les batteries anglaises par les batteries de Québec durant l’été 1759.

Puisque la zone Hd 59-65 est située perpendiculairement devant le Château Frontenac, l’image nouvelle de cette zone reflétera pour les siècles à venir l’image de Lévis. Je prévois que l’image projetée sera celle de Lévis ‘’ balconville sur Saint-Laurent’’.

Conclusions pour la zone Hd 59-65 (Côte Bégin –J.L. Demers)

En conséquence, je suis d’avis que pour la zone Hd 59-65, et ceci étant valable également pour tout le secteur historique de la Traverse, aucun des bâtiments futurs ne devrait être plus élevé que 3 étages ou 12 mètres, soit la hauteur des bâtiments traditionnels existant actuellement.

En aucun cas, la falaise ne devrait être masquée pour une élévation supérieure à plus de 50% (du pied à la cime).

Les bâtiments commerciaux et publics devant servir de référence étant la Banque des Marchands (Hôtel Saint-Louis), l’ancienne pharmacie Dion-Rexall, l’ancien Poste de police et de pompiers ( auj. démoli). Pour les bâtiments résidentiels, les immeubles de la rue Saint-Laurent à l’Anse Tibbits, le complexe 2,4,6,8 et 12 Wolfe, et la maison A.C. Davie devraient servir, entre autres, comme points ou objets de référence.

Je suis d’avis également que la norme de densité brute ne devrait pas dépasser 40 logements à l’hectare (potentiel proposé, 150 à l’hectare).

Vu le prix payé en 1986 pour l’acquisition des terrains dans cette zone, considérant la valeur considérable ajoutée par les gouvernements supérieurs à l’occasion du redressement de la côte Bégin (coût (800 000$), et qu’il s’agit encore des mêmes propriétaires, les mesures que je propose ne créent pas d’injustice. La construction de 40 logements à l’hectare permettra de générer des profits raisonnables.

Le rythme de succession des terrains devrait être marqué à tous les 15 mètres (plus ou moins) en ce qui concerne les bâtiments commerciaux, et sur une distance moindre pour les résidences privées.

Aucun balcon-patio ni aucune porte-fenêtre donnant sur la voie publique ne devraient être permis.

Les toitures permises devraient être à toits à  deux versants, à mansarde, et à toits plats avec corniches décoratives (type ancien), et tôle d’acier émaillé.

Quant aux matériaux, l’utilisation de la brique et de la maçonnerie devrait dominer, avec exclusion du déclin de bois et d’aluminium. Ma recommandation repose sur une étude que j’ai remise à la ville de Lévis le 27 février 1991 dans laquelle j’ai indiqué que 15 des 18 bâtiments patrimoniaux au sud de la rue Saint-Laurent dans le secteur de la Traverse sont en brique.

Quant au type et la couleur de briques permises, les règlements devraient spécifier la brique de type ‘’ brique d’Écosse’’ comme celle avec laquelle fut bâti l’actuel Hôtel Saint-Louis et le restaurant-bar l’Escalier ainsi que la brique rouge du type de celle qui prédominait à l’époque de la révolution industrielle.

Le Couvent de Lévis, le complexe du bas de la rue Wolfe, et quelques édifices rue Saint-Jean entre la rue Wolfe et Fraser sont des  exemples éloquents du mariage  au XIXe siècle de ces deux couleurs de matériaux.

Quant à la fenestration, elle devrait s’apparenter aux dimensions que l’on trouve sur les édifices patrimoniaux, tant pour le rez-de-chaussée que pour les étages supérieurs..

2.2.5.2 La zone Pa 59-44 (Chantier maritime A.C. Davie)

Le petit chantier maritime fondé par Allison Davie en 1829 et situé dans la zone Pa- 59-44 fera l’objet d’importants investissements dans les années futures. Ce petit chantier apparaît sur des toiles réalisées avant 1850 et conservées aux Archives nationales du Canada.

La zone Pa 59-44 voisine immédiatement à l’ouest la zone Hd 59-65 (côte Bégin) (en Annexe 6). Comme nous l’avons vu, les règlements permettront dans la zone Hd 5965 (côte Bégin) la construction d’immeubles de 6 étages sur 300 mètres. Je suis d’avis que l’immense potentiel de la zone Pa 59-44 (Chantier maritime) sera gravement diminué par la réglementation proposée dans la zone Hd 59-65 (côte Bégin).

J’estime que les fonds publics qui seront investis pour la rénovation du petit chantier maritime ne donneront pas le rendement qui pourrait être escompté à moins que la réglementation ne permette la construction d’immeubles aux caractéristiques architecturales reliées à celles du XIXe siècle, l’âge d’or de la Traverse.

2.2.5.3 Zone Cm 59-31 (Vieux quartier)

La zone Cm 59-31 (Vieux quartier) est située au sud de la rue Saint-Laurent, entre les deux escaliers à flanc de falaise. Il existe une vingtaine de bâtiments anciens qui subsistent encore dans cette zone, certains avec une très grande valeur (i.e. la Banque des Marchands). Les conclusions que j’ai formulées concernant la zone Hd 59-65 s’appliquent intégralement à cette zone.

Les dimensions des bâtiments devraient être exactement celles qui apparaissaient dans la photographie ‘’Laurier Avenue’’ à la page 59 de Industrial District of Lévis. S’il fallait permettre un bâtiment de 4 étages, c’est uniquement à l’endroit où la photographie révèle la présence d’un tel bâtiment.

2.2.5.4  Zone Cm 59-32 (Donbar)

Les conclusions que j’ai formulées concernant la zone Hd 59-65 s’appliquent intégralement à cette zone. Cette zone fut le site autrefois de l’Hôtel Lauzon. Les promoteurs devraient être inspirés par l’histoire de cet hôtel et celle de son constructeur Henry John Caldwell afin de donner une vocation internationale à l’immeuble. Henry John Caldwell était le fils de Henry Caldwell ( Les Caldwell étaient les seigneurs de Lauzon). Henry John était un entrepreneur audacieux, la première personne qui a cru au développement touristique de Lévis. Ce fut le premier propriétaire d’un navire à vapeur à Québec.

Les perspectives du futur hôtel sur ce site doivent être extrêmement intéressantes sur tous les aspects. C’est pour ces raisons que j’insiste tant sur la nécessité de rénover la rue Saint-Laurent et la rue Laurier pour leur redonner leur atmosphère d’antan. La rentabilité du futur hôtel en dépend. Plus le milieu sera pittoresque, plus sera grand le pouvoir d’attraction de l’hôtel.

C’est à cet endroit que se trouvaient autrefois, l’un à côté de l’autre, le premier poste de police de Lévis (voir Industrial District of Lévis, p. 59, Annexe 3) et l’industrie Carrier & Lainé. Il est à remarquer la présence d’un immeuble au nord du poste de police avec balcon au second étage avec vue sur la ville de Québec.

Les dimensions de cette zone débordent sur la voie ferrée. Si les dimensions de cette zone sont acceptées, il ne sera plus jamais possible de rétablir le lien ferroviaire Halifax-Montréal qui traverse actuellement la ville de Lévis. Le règlement apparaît à sa face même comme étant d’une extrême imprudence.

2.2.5.5   Zone Pa 59-33     (Quai Paquet)

Le premier objectif pour cette zone consiste à mettre en valeur l’aménagement paysager du quai afin de conserver l’accessibilité publique du site sans interférer sur les activités d’accostage des bateaux. Je considère cet objectif valable.

C’est le second objectif qui pose problème, soit celui concernant l’implantation d’un immeuble sur le quai Paquet. Je m’oppose à la construction d’un bâtiment récréo-touristique sur le quai Paquet pour les mêmes raisons que celles que j’ai formulées en juin 1989 sur l’avenir de la Pointe-à-Carcy à Québec. Il y a suffisamment d’espace ailleurs le long de la rue Saint-Laurent pour une telle immobilisation. Il s’agit à mon avis d’un manège pour permettre l’extension des immobilisations de la zone Cm 59-32 (Donbar) sur le quai Paquet (voir p. 31, Critères d’évaluation, 1 g).

Le quai Paquet est un espace gagné sur le Saint-Laurent à des fins portuaires. Les immobilisations ne devraient être permises de manière stricte que pour satisfaire l’usage principal du quai.

La zone Cm 59-32 (Donbar), en excluant l’emprise de la voie ferrée, est suffisamment étendue pour l’érection d’un complexe hôtelier. L’usine Carrier & Lainé occupait autrefois ce site avec avantage. L’érection d’un immeuble à l’est du complexe hôtelier (annoncé) viendra bloquer les perspectives sur la Pointe-des-Pères ( à Bienville) et sur le petit Chantier maritime ( A.C. Davie). L’effet négatif de l’immobilisation se fera sur la rentabilité du futur hôtel. Qui voudra d’une chambre avec vue sur un bâtiment récréo-touristique ?

2.2.5.6      Zone Cm 59-15  (Bureau de poste)

Les énoncés concernant cette zone sont louables. Je ne vois pas d’objectifs qui porteraient d’effets négatifs importants. Les futs luminaires devraient s’apparenter à ceux que l’on pourraient observer au début du siècle ( fonte, luminaires à globe posés sur branches multiples).

2.2.5.7      Zone Pa 59-22 ( de la Gare )

Les conclusions que j’ai formulées concernant la zone Hd 59-65 ( côte Bégin) s’appliquent intégralement à cette zone.

L’ancien Bureau de poste

C’est dans cette zone que se trouvait le premier Bureau de poste (officiel – cf. Laurier Avenue, p. 59 – Industrial District of Lévis – Annexe 3)  Cet édifice était d’une beauté architecturale spéciale. Il a été démoli parce que le besoin s’était fait sentir d’un bureau de poste plus vaste et aussi parce qu’au début des années 50’, il y avait nécessité de créer des places de stationnement dans le secteur dela Traverse. C’est la démolition de cet édifice qui a consacré la déchéance du secteur de la Traverse.

Je considère que la reconstruction du Bureau de poste devrait être le projet collectif des Lévisiens. L’emplacement est au cœur de la Traverse et convient donc idéalement à l’implantation d’un centre récréo-touristique. La vocation du centre pourrait être complémentaire au Musée de la civilisation de Québec en ce qui concerne l’histoire des communications ( i.e. : Traverse, chemin de fer, chemins publics, etc. ) ou l’histoire de la rive droite du Saint-Laurent devant la ville de Québec.

La gare de Lévis

Je considère que la ville de Lévis doit prendre toutes les mesures pour conserver à la gare de Lévis son rôle d’escale pour le transport des voyageurs entre le centre du pays et les provinces maritimes. C’est le Transcontinental de VIA Rail qui traverse la ville de Lévis. Lorsque la Traverse de Lévis aura été rénovée et qu’un ou des hôtels convenables seront en opération, jamais les gens d’affaire de Lévis ne regretteront d’avoir conservé le lien ferroviaire. Les hôteliers pourront alors directement faire de la réclame à Montréal et proposer une arrivée directe à leur hôtel avec vue sur Québec. Montréal constitue un bassin de population de 3 millions de personnes. À mon avis, les rédacteurs des règlements ont manqué d’opportunisme économique. (…)

  1. La Caisse populaire de Lévis, la spéculation et la construction immobilière

 La Caisse populaire de Lévis est une institution financière qui a fait preuve d’un dynamisme exceptionnel depuis sa fondation le 6 décembre 1900. Depuis quelques années, c’est à coup de millions que la Caisse intervient pour soutenir certains promoteurs immobiliers.

La Caisse populaire de Lévis a un actif de 218 $ millions. Une somme de 187 $ millions est investie en prêts, dont 88$ millions à l’entreprise, 69$ millions à l’habitation et 28$ millions à la consommation. Par l’importance de ses investissements, la Caisse populaire de Lévis est aujourd’hui une entreprise financière des ligues majeures.

Dans le secteur de la Traverse, la Caisse populaire de Lévis a financé la construction des immeubles Les Rives du Saint-Laurent. Depuis 5 ans, la Caisse a accordé près de 4$ millions en prêts hypothécaires dans trois autres zones du secteur, soit deux fois plus que le plus proche compétiteur, Trust général du Canada.

Les liens entre la Caisse populaire de Lévis et la ville de Lévis sont bien tissés. Les administrateurs de la Caisse sont présents à des postes clés dans la vie municipale, que ce soit au niveau du conseil, du greffe ou de la vérification. Il y a apparence de lobby. Bref, le conseil d’administration de la Caisse populaire de Lévis est en mesure de savoir tout sur l’activité de la ville de Lévis. La situation serait-elle tolérée si un fort noyau d’administrateurs de Trust Général du Canada s’intéressait aussi activement à la vie municipale de Lévis ?

Les fondateurs de la Caisse populaire de Lévis ont insisté dès le point de départ sur la nécessité de conduire les affaires de la Caisse en suivant scrupuleusement les règles de la morale. Je considère que les administrateurs de la Caisse ont pris de graves risques à ce sujet en occupant des fonctions auprès de la ville de Lévis.

Résumé

La ville de Lévis est une ville dont l’histoire n’est surpassée que par peu d’autres villes au Canada. Les troupes des nations françaises, anglaises, américaines et allemandes y ont séjourné. Des événements importants concernant l’histoire de l’Amérique s’y sont déroulés. Lévis a une histoire locale très originale. Le phénomène historique est doublé par l’excellence de l’environnement. Lévis possède à la fois une vue sur la plus belle ville de l’Amérique, soit Québec, et une autre sur un des plus beaux paysage de la vallée laurentienne, soit la chute de Montmorency, dans une perspective sur l’île d’Orléans et les Laurentides.

Après étude des règlements concernant les quartiers historiques de Lévis, je suis d’avis que deux secteurs de la ville sont gravement menacés dans leur image traditionnelle, soit la Traverse et la Pointe-de-la-Martinière. Les effets négatifs des règlements affecteront également le caractère de la région de Québec puisque la Traverse tombe directement sous le regard du Château Frontenac situé à un kilomètre de l’autre côté du Saint-Laurent.

Lévis a choisi d’utiliser une règle d’application stricte pour préserver le caractère du Vieux-Lauzon et celui du Vieux-Lévis, deux secteurs près des églises Saint-Joseph et Notre-Dame. J’ai identifié cette mesure comme étant une règle ‘’McDonald patrimoniale’’. Lévis force par l’effet des règlements douze cents petits propriétaires à respecter le caractère patrimonial de leur quartier.

Lévis a choisi d’utiliser une règle d’application très libérale pour guider l’aménagement des secteurs patrimoniaux de la Traverse et de la Pointe-de-la-Martinière. J’ai identifié cette mesure comme étant une règle ‘’McDonald impériale’’. Lévis consent à ce qu’un ou deux grands promoteurs échappent à l’obligation de respecter le caractère patrimonial des lieux. Lévis adopte la règle de deux poids, deux mesures, ce qui à  mon avis est fondamentalement injuste et immoral. Le site A.C. Davie d’un potentiel exceptionnel sera écrasé par ‘’un balconville sur Saint-Laurent’’.

En 1963, un promoteur industriel se présenta pour entreprendre la construction d’un complexe pétrolier à la Pointe-de-la-Martinière, un des sites les plus évocateurs de la vallée laurentienne. M. Alfred Rouleau, président d’Assurance-Vie Desjardins, monta aux barricades et contribua à repousser l’envahisseur. M. Rouleau demeurait dans le Vieux-Lévis et était très attaché au caractère traditionnel du quartier.

En 1992, des promoteurs se sont avancés pour proposer des investissements dans les plus riches et les plus beaux secteurs de Lévis. Rusés, ils se sont fait financer par une institution prestigieuse du Mouvement Desjardins. À Lévis, les caisses de la Cité Desjardins exercent un pouvoir d’influence spécial. Personne au sein du Mouvement Desjardins ne s’est avancé pour défendre le patrimoine historique et environnemental de Lévis.

Après analyse, je suis venu à la conclusion que les dés étaient pipés d’avance en faveur des promoteurs immobiliers. Je suis convaincu que dans le secteur de la Traverse, la Caisse populaire de Lévis a participé à une partie de Monopoly et que l’appui a été décisif pour placer le plus fort en situation de monopole.

Conclusion

La ville de Lévis manque gravement à ses obligations en présentant certains règlements d’urbanisme qui n’assurent pas la conservation et la mise en valeur de notre patrimoine commun. Dans le secteur de la Traverse, les interventions récentes avaient pourtant manqué à l’esprit de civisme. Ai lieu de proposer le ‘’pittoresque et payant’’, la ville de  Lévis propose le ‘’gigantesque et payant’’.

Les règlements cherchent à satisfaire les appétits démesurés de personnes qui sollicitent des emprunts auprès des sections Prêts à l’habitation et au commerce des Caisses populaires de la Cité Desjardins.

Pour le secteur de la Traverse, je demande à ce que les objectifs principaux pour toutes les zones tendent à la rénovation du secteur historique pour lui donner l’aspect qu’il avait à l’époque où a vécu Alphonse Desjardins. Je demande à ce que les critères d’évaluation soient modifiés en observant une règle de type ‘’McDonald Patrimoniale’’. En bref, tous les bâtiments devront avoir trois étages pour se rattacher à l’architecture locale du XIXe siècle, et le zonage devra consolider à la fois le potentiel du lien ferroviaire, celui de la Traverse et celui du chantier maritime A.C. Davie afin d’optimaliser le commerce qui prendra naissance sur les lieux.

Pour le secteur de la Pointe-de-la-Martinière, les règlements devront prévoir, premièrement, un belvédère autour du lot 54 (la perspective Aubert de Gaspé), deuxièmement, une protection étendue des bâtiments patrimoniaux du Ruisseau Lallemand et troisièmement, une large bordure fluviale sous couverture végétale à partir des phares de signalisation maritime en descendant jusqu’au fleuve Saint-Laurent.

C’est la seule façon, à mon avis, d’établir l’équilibre entre l’intérêt public et l’intérêt des promoteurs immobiliers. Parce que la ville de Lévis est une ville historique, le conseil de ville a une obligation de résultat dans la recherche de cet équilibre. C’est en observant scrupuleusement les principes adoptés jadis par Alphonse Desjardins et Pierre-Georges Roy que sera atteint le bien-être des citoyens de Lévis.

Yvan-M. Roy

7 octobre 1992

Toujours d’actualité, un mémoire déposé il y a 25 ans concernant l’âme du quartier de la Traverse

Mémoire d’Yvan-M. Roy devant le conseiller Gilles Lehouiller qui pilotait les consultations sur le Projet de Plan d’aménagement de la bordure fluviale de Lévis, 5 février 1991.

(Extrait)

Pour le secteur de la Traverse, Enviram propose deux concepts qui comportent chacun une structuration du milieu avec un accueil dans l’édifice de la gare et un élément moteur d’envergure tel un complexe hôtelier et une grande place multifonctionnelle en plein air.

Dans le cas du concept 1 de mise en valeur, l’élément moteur de l’intervention sera l’implantation d’un complexe hôtelier d’envergure (100 à 150 chambres), localisé sur le quai Paquet à l’est de la gare…

Dans le cas du concept 2, l’élément moteur demeure toujours un complexe hôtelier, mais le nombre de chambres est pratiquement doublé ( 200 à 300 chambres), et le nombre d’étages est porté de 7 à 9 étages…

…J’estime que la Ville de Lévis ne devrait aucunement suivre une recommandation ayant pour effet de permettre des immobilisations autres que celles du type qui existaient dans le secteur de la Traverse au 19e siècle.

Je considère qu’avec une solide analyse, la firme Enviram ne pouvait arriver à d’autre proposition que la rénovation intégrale de ce quartier historique pour lui donner le caractère qu’il avait au 19e siècle. C’est ce qui aurait du être proposé comme moteur d’envergure.

En proposant l’érection d’immeubles de 6 à 9 étages, Enviram agit comme si elle souhaitait l’explosion du quartier. Le conseil de la Ville de Lévis doit réagir négativement au gigantisme pour éviter à tout prix qu’un immeuble comme Les Terrasses du Vieux-Port (de Québec) ne se retrouve à proximité de la gare de Lévis.

Je souhaite que la Ville de Lévis prenne des mesures énergiques pour que le secteur de la Traverse soit rénové en fonction du siècle ou vécurent les hommes célèbres de Lévis, tels A.C. Davie, Edouard Baron, Thomas Dunn, Charles-William Carrier, Alphonse Desjardins et Joseph-Elzéar Bernier.

La Traverse 10
Rues Laurier et Commerciale vers 1905

À mon avis, le secteur de la Traverse doit retrouver son âme en fonction de thèmes comme la construction de navires à voiles, le commerce, la navigation dans le grand nord, la technologie du 19esiècle, l’activité ferroviaire. Pourquoi ne pas avoir songé à la reconstruction de l’Hôtel Lauzon, le rendez-vous de la belle jeunesse de Québec entre les années 1829 et 1850 ?

Les visiteurs étrangers nous observent à notre insu et se demandent parfois à quel gaspillage nous nous livrons. Dans la Trace du Serpent, best seller du New York Times en 1979 pendant 3 mois, l’auteur américain Thomas Thompson écrit :

‘’Le visiteur nouvellement arrivé à Lévis aurait pu croire qu’un urbaniste dément avait été déraciner ce qu’il y avait de pire sur le continent américain pour le greffer sur cet emplacement historique’’ ( p. 151, Presses Sélect, Montréal 1980)

ANNEXE (mémoire du  5 février 1991, Y.-M. Roy):

La fonction hôtelière au pied de la falaise de Lévis

 

Tiré de la Gazette de Québec, 22 février 1804 (Histoire de la Seigneurie de Lauzon, Vol 4, p. 63)

‘’A louer une grande maison à la Pointe-Lévy, près de la Traverse, ci-devant la propriété de Louis Filion, aubergiste. Le concours immense de personnes tant de la ville de Québec que de toutes les paroisses du sud rend cette place une des plus lucratives pour toutes les branches du commerce qu’on peut y faire et pour traiter et loger les voyageurs. Cour, étable, jardin, verger, puits avec pompe, S’adresser sur les lieux a Vve Jean Dubuc.’’

 Fonction hôtelière  dépendant de l’opération du traversier.

Tiré de la Gazette de Québec, 11 mai 1818 ( Histoire de la Seigneurie de Lauzon – vol 4, p. 61)

‘’La barque à vapeur Lauzon a commencé lundi dernier à aller comme bateau de traverse entre Québec et la pointe-Lévi. Il a fait un vent d’est violent qui a duré toute la matinée et auquel elle a résisté avec beaucoup d’aisance et de sureté, elle met de 9 à  15 minutes à faire la traverse suivant la résistance qu’offrent le vent et la marée, et demeure une demi-heure de chaque côté.

Fonction hôtelière dépendant de la clientèle anglaise de Québec.

 Tiré de l’Histoire de la Seigneurie de Lauzon (Vol 4, p. 98-99)

Les citadins de Québec n’avaient pas l’habitude, alors comme aujourd’hui ( en 1898), d’aller passer la belle saison aux places d’eau du Saint-Laurent inférieur….John Caldwell songea à construire un grand hôtel, près de l’endroit ou venait accoster son bateau à vapeur le Lauzon. Et comme chez lui, il n’y avait pas loin de l’idée à son exécution, il jeta en 1818, les fondations d’un grand édifice de 69 pieds de long sur 49 de profondeur, à trois étages, avec une terrasse dont la vue donnait sur le fleuve. Cet hôtel, bien emménagé, servi avec luxe, eût de suite une grande vogue. C’est ainsi que John Caldwell fut le premier promoteur de ces grands caravansérails que l’on rencontre maintenant un peu partout dans tous les endroits de villégiature un peu cossus…Cet hôtel, dont une partie fut incendiée il y a quelques années, existe encore. Il sert d’entrepôt aux usines métallurgiques de Carrier, Lainé et cie. La colonnade qui orne la façade extérieure est la même que celle de 1818.

Un hôtel de style supérieur et des cottages pittoresques au pied de la falaise

Tiré de l’Histoire de la Seigneurie de Lauzon (Vol 4, p. 117-118)

– (Joseph) Bouchette, qui en donne une courte description dans son Dictionnaire topographique, nous dit qu’en 1832, elle (Aubigny) contenait à peine de 40 à 50 maisons. ‘’Les rues sont bien tracées, ajoute-t-il, les lots à bâtir sont divisés bien régulièrement et de grandeur suffisante, mais la place n’a augmenté ni en maison ni en population comme on s’y attendait, et cela est dû principalement aux prix élevé que l’on demande pour les terrains’’. Cependant, le géographe se déclare enchanté de tout ce qu’il a vu de la petite ville, ‘’ dont le site très élevé domine un escarpement du Saint-Laurent et est couronné par les hauteurs sur lesquels les Américains érigèrent des batteries pour bombarder Québec ‘’. ..Il nous montre, blottie au pied de la falaise, toute une rangée de jolis cottages, près d’un hôtel conduit par un M. Mackenzie, en un style supérieur. ‘’Là, les citoyens de Québec ont leur résidence. Ils y viennent jouir des plaisirs de la campagne, et cela très commodément vu qu’ils n’ont qu’une traversée de quinze minutes à faire.’’

Le Programme particulier d’urbanisme préserve-t-il vraiment l’âme du Vieux-Lévis ?

  

À l’occasion du dévoilement à Lévis du premier Programme particulier d’urbanisme (PPU-Saint-Romuald), le maire Gilles Lehouiller a déclaré : « Il faut préserver l’âme de notre ville » . (Patricia Cloutier, Le Soleil, 24 novembre 2016)

Le projet du PPU-Vieux-Lévis a pour sa part été dévoilé le 28 février 2017.  Les citoyens ont eu un court délai de 10 jours pour déposer leurs observations et  mémoires. Le PPU est un document complexe d’une densité de 156 pages.

PPU Vieux-Lévis (Projet de l’annexe au règlement RV-2011-11-22 sur le plan d’urbanisme

Avant-Propos :  »Âme »  (Larousse (4e):  Ce qui donne à quelque chose son originalité, ce qui l’anime et fait qu’il touche la sensibilité : Exemple Une ville sans âme.

http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/%C3%A2me/2760

Introduction :Le Comité de quartier du Vieux-Lévis a pris connaissance du projet et soumet des observations sur des éléments qui concernent «  l’âme » du Vieux-Lévis.

  1. L’oubli de l’Anse Tibbits

À partir de l’incorporation de Lévis (1861), la ville compta 3 quartiers.  Saint-Laurent  et Lauzon bornés nord-ouest par le fleuve, et, sur les plateaux, Notre-Dame borné au sud-est des propriétés le long du chemin royal, aujourd’hui rue Saint-Georges. Le PPU-Vieux-Lévis  propose d’importantes mesures de préservation pour préserver « l’âme » de Lévis dans l’ancien ancien quartier Notre-Dame, de minimes mesures pour celui de Lauzon, cependant aucune concernant  l’anse Tibbits où s’était établi vers 1810 un important port d’expédition de bois vers l’Angleterre, et plus tard le terminus ferroviaire continental (Windsor-Lévis) du Grand Tronc (1854-1910). Une vingtaine bâtiments qui datent de cette époque longent  le parc Tibbits, le plus grand espace de loisir de la ville en bordure du Saint-Laurent. Un potentiel exceptionnel tout à fait ignoré concernant l’hébergement touristique contemporain, ainsi que l’histoire du commerce et du transport maritime et ferroviaire.

Hôtel Victoria

Le célèbre Hotel Victoria,  construit en 1868 par l’architecte Edward Stavely, dont seulement la partie nord-ouest subsiste encore aujourd’hui

https://cqvl.org/2013/02/25/coup-doeil-sur-lanse-tibbits-rue-saint-laurent/

La traverse - 3
À l’anse Tibbits vers 1860, chargement de pièces de bois à bord de voiliers en partance pur l’Angleterre et départ d’un convoi du Grand-Tronc vers Montréal

2. Exclusion de la maison Carrier-Couture 

Le PPU-Vieux-Lévis reconnait les principaux lieux et bâtiments phares qui font « l’âme » du quartier Notre-Dame, comme le Collège, le Couvent, l’Anglicane, la maison Alphonse-Desjardins. Il y a un oubli capital, celui d’avoir exclu la maison Carrier-Couture qui se trouve à moins de 80m. à l’extérieur du périmètre proposé.  Il est de notoriété publique depuis la fondation de Lévis qu’il s’agit de la plus ancienne maison de l’endroit (1735).

Maison Carrier-Couture
La maison Carrier-Couture, 12, rue Valère-Plante, dans le Vieux-Lévis

Il est prouvé qu’Ignace Couture, propriétaire en 1775, fut le leader des 1 400  miliciens de la Côte du Sud qui, armés, ont répondu « Pas un seul ! » au major anglais venu de Québec pour les enrôler afin de combattre les patriotes américains.   (Source 1  : http://yvanm.eklablog.com/a-pointe-levy-le-11-septembre-1775-mutinerie-et-sedition- )  On peut ressentir autour des murs de cette maison l’esprit d’indépendance et de survie qui animait nos ancêtres à l’époque de la Conquête (1759) et de la Révolution américaine (1775).  (Source 2 : Anderson, Mark R., The Battle for the Fourteenth Colony, University Press of New England-2013, p. 166)

  1. Construction d’un bâtiment de 5 étages, à côté du Couvent de Lévis et démembrement du Parc de l’Anglicane

Le PPU-Vieux-Lévis maintient les dispositions du règlement de zonage de 2011 sur les usages, affectations et lotissement des zones P-2166 et P-2172.

Dans la première zone, la disposition permet de bâtir un immeuble de 5 étages, de grande volumétrie, à côté d’un joyau patrimonial, le Couvent de Lévis (1858).

IMG_5690_40_pc
Le Couvent de Lévis (1858), pièce maîtresse du patrimoine lévisien, et la Maison des Scouts (1958)

Rue Déziel, volte-face, désinvolture et désengagement

Dans la seconde zone, la disposition permet de démembrer le parc public de l’Anglicane pour la création de 3 lots et autant de bâtiments de 3 étages. Le parc de l’Anglicane est le dernier grand espace vert de l’ancienne ville d’Aubigny (1818). Le PPU autoriserait également Diffusion culturelle, organisme gestionnaire, d’empiéter sur le parc pour des immobilisations relatives à des spectacles extérieurs.

L’ « âme » du parc de l’Anglicane risque de subir toute une « claque ». Que deviendront les 7 beaux chênes adultes qui bordent la rue Henry ? Ils avaient été plantés il y a une quarantaine d’années pour commémorer la contribution du Conseil de l’époque qui avait réussi à conclure l’achat de l’Anglicane, du presbytère (maison Louise Carrier) et du cimetière (parc de l’Anglicane), alors propriété de résidents Américains.

Le 22 mai 2013, le Journal de Lévis rapportait :

« Certains se souviendront qu’en 1975, une manifestation populaire avait été initiée afin de sensibiliser les autorités à la conservation de l’ancienne église anglicane et de son presbytère. L’histoire veut que ces lieux soient devenus L’Anglicane et la Galerie Louise-Carrier. » (Nathalie Saint-Pierre)

Anglicane IMG_5060
Les sept beaux chênes du parc de l’Anglicane, jadis lieu de rencontres champêtres du groupement   » La Fête des Oiseaux »,  les sauveurs de l’Anglicane

Le PPU entend faire de la Traverse un pôle touristique

4. La côte Labadie. Le PPU propose l’ouverture de la côte Labadie aux vélos. Le Comité de pilotage ne semble pas avoir évalué les risques à la sécurité des personnes. La pente est très forte. Cela posera de sérieux problèmes autant pour les piétons, touristes et citoyens, que pour les cyclistes qui vont se croiser sur cette voie. À Québec, dans l’ancienne côte de Cap-Rouge (parc du Promontoire, Cap-Rouge)  la ville a installé des barrières à intervalles rapprochées pour forcer les cyclistes à mettre pied à terre.

Traverse Labadie côte
Esquisse du PPU-Vieux-Lévis

De plus, les esquisses démontrent l’absence d’un long trottoir de marches et de paliers tel celui qui permettait jadis aux piétons une utilisation sécuritaire à longueur d’année, même en temps de verglas.  Pour écarter sa responsabilité, la ville devra-t-elle poser des écriteaux stipulant : ‘’À vos risques’’? ‘’Risques de chute’’? Interdiction: Décembre à Mai?

Traverse cote-labadie- No 3
Le trottoir de bois, côte du  »casse-cou », ou         »Old Breakneck Hill »

( à suivre)

Plaidoyer de l’historien Michel Lessard adressé à Gilles Lehouiller, maire de Lévis, pour assurer la sauvegarde de la maison Rodolphe-Audette

Lettre au maire de Lévis

 

Lévis, le 25 janvier 2017

Bonjour Monsieur le Maire

J’espère que vous êtes en bonne santé et que vous trouvez toujours plaisir à gérer notre ville. Sans être complaisant, j’avancerais  que vous faites un excellent travail et je vois mal qui vous remplacerait avec autant de passion et d’expérience.  Le matin même des audiences du Comité de démolition sur la maison Rodolphe-Audette construite en 1890, j’aimerais vous faire part de mon point de vue sur ce bien patrimonial majeur  de notre cité.

La valeur patrimoniale d’un bien culturel  bâti.

On peut identifier un bien culturel bâti  à valeur  patrimoniale et le protéger par la loi et certains règlements lorsque :

1-  Le bâtiment a été le site d’un évènement marquant pour une société, un pays, le lieu de résidence d’une gloire régionale ou nationale ou le quartier d’une grand institution

2-L’œuvre présente éloquemment  des caractéristiques architecturales représentatives d’un style  de bâtiment  appartenant à une époque donnée et à un registre social évident

3-Le bâtiment  possède un riche pedigree lié à l’histoire locale ou nationale

4-Le bien  appartient à la mémoire héritée d’une agglomération ou d’un ensemble.

La valeur patrimoniale de la maison Rodolphe-Audette

La maison Rodolphe-Audette sur la rue Saint-Laurent à Lévis (1890)  a d’abord été la résidence d’un personnage historique lévisien  de la grande bourgeoisie d’affaires locale,  régionale et nationale , comme Alphonse Desjardins et plus tard, l’économiste banquier Michel Bélanger, Lévis demeure le lien d’une pépinière de visionnaires nationaux dans le développement du monde de la gestion des affaires, un pan de notre histoire locale  qui devrait être mis en lumière, pour rappeler notre fabuleux passé et stimuler notre fierté identitaire. Le siège de Desjardins et de ses 5 000 employés en témoigne éloquemment aujourd’hui.

Rodolphe Audette (1848-19210 EST UN CÉLÈBRE HOMME D’AFFAIRES DE Québec et Lévis originaire de Beaumont. Lié par sa mère Flore à la riche et puissante famille Fraser d’origine écossaise, il entre à 18 ans au service de l’immense grossiste Isidore Thibaudeau ayant pignon sur rue Dalhousie et dont il deviendra plus tard l’associé. Son oncle Thomas Fraser, dont une élégante rue sur la falaise porte son nom, avait donné en 1851 un vaste terrain pour la construction d’un collège destiné à former des jeunes aux affaires, le Collège de Lévis, sorti de terre deux ans plus tard et où Audette fera ses études, comme Alphonse Desjardins, comme Michel Bélanger, comme Louis Vachon. Bien établi parmi la bourgeoisie de Québec, il passera ensuite à la présidence de la Banque Nationale fondée quelque décennies auparavant, une institution comptant alors une vingtaine de succursales à travers le Québec. L’homme d’affaires entretiendra deux résidences, une première dans le voisinage de l’Hôtel-Dieu de Québec en hiver, et une autre, une sorte de villa à l’italienne, dressée sur le cap de Lévis

La maison  Rodolphe-Audette est bien représentative d’un type d’architecture monumentale domestique bourgeoise  multiplié   au point de rencontre de l’éclectisme et de la modernité (1880-1920), puisant à la tradition de la villa palladienne anglaise, comme on en trouve plusieurs spécimens   notamment sur les rues Fraser, Déziel, Wolfe, Bégin,  Guénette  et parsemés ici et là sur l’ancien territoire de Lévis, l’opulent chef-lieu. Des presbytères ou maisons curiales  vont également  s’inscrire dans le même élan conceptuel. Dans son état d’origine,  la maison Audette représentait un exemple majeur de cet épisode de notre riche passé architectural.

La maison Audette et son premier propriétaire peuvent être aisément documentés par une recherche en archives, par des photographies du patrimoine au moment de son occupation, par l’enquête orale auprès de descendants et de témoins âgés qui ont vu vivre cette résidence qui prend tout son sens dans l’histoire des élans étonnants du monde bancaire à Lévis, comme l’a minutieusement révélé  l’historien Yvan Roy dans plusieurs articles savants à la Société d’histoire régionale de Lévis

Enfin cette maison monumentale triomphant  au sommet de la côte Bégin sur la rue Saint-Laurent fait partie de notre mémoire héritée, son muret en pierre bosselée, sa monumentalité impressionnante avec ses deux galeries superposées agrémentées de colonnes doubles,   son cadre naturel exceptionnel, ses jardins et son ouverture sur le panorama de Québec ayant toujours marqué nos esprits et conforté l’identité fortement évocatrice de la vie bourgeoise dans  notre ville. Ce château était le nôtre, un point de repère enraciné, une œuvre architecturale de fierté.   L’architecture d’une ville se lit comme un grand livre racontant l’histoire sociale et culturelle d’une société.  Détruire la maison Audette  après la mise à  mort de ses jardins par la spéculation, obligerait pour plusieurs  à un profond deuil.

 

J’imagine ce que devait être les soirées d’été sur les vérandas à siroter un doigt de porto ou une limonade maison à la Belle époque , en contemplant la vie indolente  du fleuve au crépuscule; ou un grand souper de famille  au temps des fêtes montrant une table montée , agrémentée de pièces d‘argenterie et d’un  service  fantaisiste  en faïence anglaise, verres en  cristal et couverts en sterling massif de style art nouveau, toute cette mise en scène étalée  sur une nappe de dentelle richelieu entourée d’un mobilier  en chêne fumé de style Mission, la mode du temps. Au mur, une nature morte d’Horatio Walker.

Spéculation, vandalisme et conservation à Lévis.

Dans le développement des villes, on identifie  deux catégories de citoyens. Il y a les progressistes  qui favorisent la  ville heureuse, la slow city et les autres que je qualifierais de refermés, qui optent plutôt pour une ville payante. Les premiers sont  avant tout motivés  par les valeurs sociales et culturelles, les autres, par les valeurs de leur placement, la vitesse de leur profit et l l’épaisseur de leur portefeuille . …..C’est ici le fossé qui sépare les membres de la Chambre de Commerce de ceux du GIRAM depuis 35 ans.  Je vous invite à explorer  sur Google les sites traitant de la slow city, de la ville lente, dans l’esprit du slow food par rapport au fast food.

Il y a 15 ans, la maison Audette a été achetée au prix de $ 450,000.00.  Par la suite,  un joyeux propriétaire  a taillé deux terrains de $ 500,000.00 au moins chacun à même les jardins, il a ensuite aménagé une courte rue, puis revendu la  vieille maison Audette un peu éclopée pour  $ 500,000.00 au promoteur actuel. Les deux terrains de cet espace  panoramique ont été construits de maisons nouvelles. Le propriétaire radieux  a donc  empoché des profits de $ 500,000.00 à $ 700,000.00 au moins, après seulement quelques années d’investissement. La belle affaire! Ce procédé est commun avec la vente de  grosses maisons anciennes bourgeoises presque toujours   dotées de grands jardins. J’ai vécu personnellement une telle passe profitable  avec la maison Georges-Edward Perrault dans la rue Perrault, il y a 40 ans. Perrault était un des riches marchands qui a participé activement au développement de notre ville Sa succession a vendu la maison à de petits bourgeois spéculateurs de Lévis, les jardins en  façade ont été divisés pour permettre la construction d’un duplex, le bâtiment fut  vidé de son contenu dont un coffre-fort de grande valeur technique et artistique, puis la bâtisse  originale en bois  qui nécessitait  grandes réparations,  a été vendu à un autre prédateur culturel qui a subdivisé  la maison en quatre logements, tôlé l’extérieur et ruiné tout le sens d’une rue qui portait le nom d’un de nos premiers millionnaires où triomphait ostentatoirement sa maison munie d’un élégant porche vitré. C’est ainsi qu’on tue une ville à petit feu. Ce vandalisme du patrimoine lévisien a atteint un sommet, il y a 25 ans, quand on a fait disparaître la plupart des anciens qui dormaient dans le cimetière Notre-Dame , parce que les familles non retracées  ne pouvaient être cotisées pour  les frais annuels de location des lots, la perpétuité étant légalement  limitée à 99 ans. On manquait de place!!!  J’ai dénoncé ce manque de fierté sur les ondes de Radio-Canada, un point de presse  qui a fait le tour du pays.

 

On trouve dans le villes, un type de promoteurs  charognards du patrimoine national qui achètent pour une chanson  de belles  grosses maisons anciennes construites entre 1870 et 1930, qui conservent quelques éléments originaux  des extérieurs, mais qui mettent la hache dans les intérieurs d’époque pour réaménager deux ou  trois logements payants. Escaliers à mains courantes valseuses, boiseries d’une riche modénature, mouluration de plâtre ou de bois, portes à caissons en chêne, cheminées, couleurs anciennes, céramique dégageant un parfum romantique et ethnologique  suranné, habillage lourd des fenêtres, salles de bain en céramique émouvantes, calorifères stylisés,  tout passe dans la moulinette de l’ignorance crasse et du profit à la sauvette. Les municipalités devraient citer ou classer des intérieurs.

 

Mais je m’en voudrais de vous laisser sur une note amère. Lévis fait de grands efforts de conservation patrimoniale. Les maisons Louis-Fréchette, Desjardins, la Galerie Louise-Carrier, la Maison des ainés dans une ancienne école, le Chantier A.C. Davie, le vieux presbytère de Saint-Nicolas, le Vieux Bureau de poste de Saint-Romuald, les Visitandines qui logent maintenant l’œuvre du Patro de Lévis, la Bibliothèque Pierre-Gorges Roy dans l’ancienne chapelle du Collège puis toutes ces maisons opérant  des activités d’économie sociale, des foyers pour personnes âgées… Vous devriez mettre sur pied un Comité  consultatif de réflexion pour déterminer ce qu’il advient  des nombreux  vieux édifices institutionnels religieux qui surgissent sur le marché immobilier. Avec des gens compétents…et passionnés.

 

Comment dénouer le débat sur la maison Rodolphe-Audette.

La ville de Lévis est responsable  de l’état actuel de la maison Rodolphe-Audette. Ce dossier traîne depuis 15 ans. Quand les religieuses  Notre-Dame-du-Perpétuel -Secours de Saint-Damien de Bellechasse ont mis ce patrimoine en vente, la municipalité aurait dû se porter acquéreur. Ce terrain équivalait à une seconde Terrasse de Lévis, mais le promontoire cette fois végétalisé  aurait pu être aménagé en jardin anglais. Avec un belvédère côté nord de la rue Saint-Laurent, connectée à la piste cyclable. Il faut maintenant oublier le projet de grand jardin et de secteur, l’espace étant envahi  de grosses maisons modernes cossues.

 

Pour les vestiges meurtris par le temps et le vandalisme de la maison saccagée, trois suggestions s’offrent en perspective.

Un projet or, une restauration selon les règles de l’art, intérieur et extérieur dans les moindres détails de finition. Quand on sait que la petite maison natale Louis-Fréchette propriété de la ville a  coûté 1,2 million, il faudrait débourser 2 à 2.5 millions pour rétablir la maison Audette en la mettent aux normes d’une  éventuelle utilisation publique.

Un projet argentOn investit que sur l’extérieur du carré, portes, fenêtres, galeries et escaliers, revêtement original des murs de périmètre,  couverture,un million de dollars ou à peu près.

Un projet bronze. On la démolit entièrement la maison  et, parce qu’elle appartient à la mémoire héritée,  on en construit une semblable pour 800,000.$. Dans les deux derniers cas, la finition intérieure se fait en placoplâtre dans l’esprit des constructions modernes actuelles intégrant une mécanique au goût du jour.

 

La ville, comme le permet la loi, pourrait opter pour le plan argent, exproprier le propriétaire actuel comme le permet la loi, remettre le bien culturel sur le marché à ses conditions. La maison pourrait servir de lieu culturel public panoramique propriété de la ville, exploitant la vue et la parcelle de jardins utilisable dans le parcours de la piste cyclable. La maison pourrait devenir un restaurant branché avec vue imprenable sur le fleuve et la capitale historique, une galerie d’art, un centre d’interprétation de la fabuleuse histoire économique et financière  du Québec et de Lévis  en participation avec la Banque Nationale dont Audette fut un des présidents. On pourrait aussi restituer complètement l’aménagement original de la maison, comme à la maison Desjardins ou à la maison Cartier à Montréal ou celle de Papineau à Montebello, un arrêt touristique incontournable dans le parcours du Vieux-Lévis,  Ou devenir un banal duplex en condominium dans la facture volumétrique originale de la maison.

Avec mes cordiales salutations,

Michel Lessard, Lévis

EN SUPPLÉMENT DANS LE JOURNAL LE SOLEIL (25.01.17)

http://www.lapresse.ca/le-soleil/opinions/points-de-vue/201701/25/01-5063034-nouvelle-offensive-pour-sauver-la-maison-rodolphe-audette